Hicham El Habti, président de l’UM6P et Edgar Morin, philosophe français. Crédit: Le Desk
L’Université́ Mohammed VI Polytechnique (UM6P) abrite du 20 au 26 février au sein du campus de Benguerir, la troisième édition de la Semaine de la Science autour du thème de la complexité.
Durant cinq jours, des intervenants de renoms aborderont le sujet de la complexité sous le prisme de la science, notamment Edgar Morin-sociologue et philosophe français, Fouad Laroui, professeur et écrivain marocain, Stephen Wolfram- scientifique britannique spécialiste de quantique et Reda Benkirane, professeur à l’Africa Business School.
La semaine s’est ouverte sur une allocution de Hicham El Habti, président de l’UM6P, qui a fait savoir que l’objectif de cette semaine est « d’explorer le liens entre la recherche scientifique et les enjeux contemporains », illustrant ses propos avec un clin d’œil à la pandémie du COVID-19 et au phénomène ChatGPT, le nouvel outil d’intelligence artificielle tendance.
Fouad Laroui; professeur d’économie et écrivain marocain. Crédit: Le Desk
Quant à Fouad Laroui, l’écrivain a expliqué que « l’unité de l’être implique l’unité de la connaissance et de la science », d’où l’importance du sujet de la complexité. Laroui a également souligné l’intérêt de l’intelligence collective et de l’unité de la connaissance qui s’illustrera à travers le choix du thème de la prochaine édition au niveau de la pergola de l’UM6P en fin de semaine, et en collaboration avec tous les participants.
La complexité contribue par ailleurs, « à faire de la science une quête beaucoup plus modeste », a expliqué pour sa part Reda Benkirane, auteur du livre La complexité, vertiges et promesses- histoires de sciences. Benkirane s’est ensuite attardé sur l’importance de cette semaine de la science avançant que « nous ne sommes pas ici présent par chance. La complexité est de plus en plus à l’œuvre dans notre quotidien, un état d’existence incertain ».
Edgar Morin est, rappelons-le, l’un des principaux acteurs la complexité. Son premier livre sur le sujet, intitulé Le défi des complexités en temps de cris, remonte à 1954. Le philosophe centenaire a invité les participants à interroger la notion de crise.
Edgar Morin, philosophe français. Crédit: Le Desk
« Les crises sont des éléments d’incertitude et dégradent les systèmes de régulation. Elles vont développer des processus d’invention et d’imagination de solutions et pousser les individus à chercher un sauveur et un coupable (souvent imaginaire) », a-t-il expliqué.
« Elles sont par ailleurs des manifestations d’une possibilité d’illusion mais aussi de pratiques nouvelles », a-t-il poursuivi. Dans ce sens, « la prise de conscience est indispensable a tout renouveau ».
Enfin, dans une déclaration à la presse, Said Abdessalam Tazi, responsable pôle art et culture, chargé d’enseignement en anthropologie à l’UM6P, a expliqué programmation de la semaine scientifique et son importance pour les étudiants.
« On a ici ( à l’UM6P) à peu près 17 écoles et le but de cette semaine de la science c’est de casser les sillons entre les disciplines. Par exemple, quand on veut construire un bâtiment, on va faire appel à des savoir complètements différents. Et c’est ça la complexité c’est de faire articuler tous les concepts et disciplines ensembles ».
« Notre objectif c’est de permettre à nos étudiants d’embrasser cette manière de voir les choses et de ne pas réfléchir de manière très sectaire, voir comment une discipline peut en nourrir d’autres », ajoute-t-il.
President of the Makassed University of Beirut Hassan Ghaziri said that new technologies, such as Artificial Intelligence (AU), are leading to “deep crises” at the economic and financial levels, among others. The Lebanese professor made the statement on the sidelines of the UM6P Science Week, which is taking place at the Mohammed VI Polytechnic University in Ben Guerir between February 20 and 26.
Les infrastructures numériques peuvent manipuler des mouvements d’opinion et mettre en péril des démocraties si les pays n’arrivent pas à mieux à les réguler. C’est ce qu’a affirmé le mathématicien et écrivain français, David Chavalarias, en marge de la 3e édition de la Semaine de la Science lancée, ce lundi, à l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) de Benguerir.
Intervenant lors d’une table ronde portant sur la problématique « Toxic Data comment les réseaux sociaux manipulent nos opinions ? », David Chavalarias, directeur de recherche au CNRS (Institut des systèmes complexes Paris), dévoile le côté obscure des infrastructures numériques, notamment les réseaux sociaux.
Le mathématicien français a expliqué, dans une déclaration à Hespress FR, que ses recherches portent notamment sur la question de « savoir en quoi les infrastructures numériques que l’on utilise tous, Facebook, Twitter et Youtube, entre autres, vont contraindre à la fois la circulation de l’information dans la population, mais même la manière dont nous formons des groupes sociaux, des amis, et dont nous estimons que les gens d’en face sont des interlocuteurs ou des ennemis à battre« .
Chavalarias indique notamment que ses recherches montrent que la manière dont sont déployés ces infrastructures numériques sont incompatibles, à l’heure actuelle, avec les interactions sociales sereines, et tout simplement la démocratie. Il poursuit: « Parce que ce sont des environnements qui sont actifs et vont orchestrer la régulation de l’information d’une manière qui optimise le bien-être économique et non un bien être social« .
Selon le directeur de recherche, ces derniers déforment la circulation de l’information et la manière dont « on forme des groupes sociaux et on le voit bien autant aux Etats-Unis, en Angleterre, au Brésil, en Italie, il y a de plus en plus d’hostilité entre les factions politiques qui se considèrent comme des ennemis« .
Il fait savoir que ces infrastructures numériques vont modérer la manière dont « on veut former ces groupes, qui vont en gros s’attaquer les uns les autres. Si on continue de cette manière, on va perdre toutes les structures sociales bénéfiques, notamment en démocratie« .
« Ce qu’il faut bien comprendre aussi est que cette situation est exploitée dans le cadre de guerres hybrides par des Etats comme par exemple le Kremlin qui a déployé en ligne des armées numériques pour faire de la subversion dans les pays ennemis. Ce n’est pas le seul (exemple), bien évidemment, mais il est maître en la matière« , note notre interlocuteur.
Pour l’écrivain, il est important de réfléchir à l’impact de ces environnements numériques, comment on peut mieux les déployer, mieux les réguler, développer, en étant plus souverain dans ce genre d’environnement, étant donné que « des pays entiers seront vraiment à la merci d’une manipulation de grande ampleur faite avec des moyens qui sont relativement limités« .
Il souligne, en ce sens, qu’il s’agit de toute la réflexion de son intervention « où les systèmes complexes sont hyper centraux et importants parce qu’il s’agit vraiment de comprendre comment les actions individuelles en cinq régions, via des médias numériques, vont construire les actions collectives et notamment comment l’infrastructure sociale et relationnelle influe sur ce que va produire le collectif« .
La Semaine de la science de l’Université Mohammed VI Polytechnique a été l’occasion pour de nombreux scientifiques de présenter leur thèse. C’est le cas de Hugues Bersini, professeur d’informatique à l’Université libre de Bruxelles. Il a défendu sa thèse sur l’«algocratie» où les algorithmes, écrits en collaboration avec les citoyens, contrôleraient nos vies dans une démocratie réaffirmée.
Le Matin : Vous avez récemment publié un essai intitulé «Algocratie : les algorithmes vont-ils prendre le pouvoir ?» quels constats avez-vous fait pour arriver à cette hypothèse ?
Huges Bersini : Le premier constat, c’est qu’ils ont déjà pris le pouvoir : ils ont déjà envahi nos vies aux sujets de la mobilité, des recommandations culturelles, de l’accès aux établissements scolaires ou à un crédit. À partir du moment où ils sont déjà là, je me questionne, dans mon livre, sur comment les légitimer ou leur donner encore plus de légitimité.
Quels sont les avantages et les risques d’intégrer les algorithmes dans notre vie quotidienne ?
Notre vie quotidienne est devenue très complexe. Il faut partager des ressources telles que la route, les écoles et la consommation électrique. Mais comment gérer ce partage et cette complexité avec le soutien des citoyens ? Je pense qu’on a besoin des algorithmes, car ils peuvent comprendre et gérer la complexité du monde entre les crises environnementales et économiques.
Par exemple, pourquoi les algorithmes tels que ParcourSup ont été créés ? Ils sont nés parce que certains établissements étaient plus prisés que d’autres. Il n’y avait pas de vrais critères pour favoriser certains étudiants. On les a donc établis, mais ils ne sont pas forcément acceptés ni parfaitement compris. Ce que je veux, c’est que ces critères soient débattus et qu’à la suite de ce débat, ils soient vraiment intégrés dans l’algorithme. Personne ne sera alors surpris, car les critères auront été décidés par les citoyens. Il faut que ces derniers comprennent le fonctionnement des algorithmes pour que ceux-ci soient acceptés.
Cependant, les risques existent et ils viennent de l’efficacité des algorithmes : ils sont tellement efficaces qu’ils font formater la société. On peut, tout de même, décider de ne pas formater tous les secteurs de nos vies. De fait, ils ont un pouvoir et on le sait. Comme je l’ai d’ailleurs dit plus tôt, nos comportements et nos vies sont déjà sous l’emprise des algorithmes.
Que proposez-vous pour pallier ces menaces et ces problématiques et trouver un équilibre entre ces risques et ces avantages ?
En Europe, on est très préoccupés par cette invasion algorithmique. C’est la raison pour laquelle la Commission européenne et d’autres pays publient des manifestes pour une intelligence artificielle (IA) plus éthique et pour des algorithmes plus égalitaires, transparents et inclusifs. Mais de mon côté, je me suis inquiété du peu de signification de ces mots. La solution que j’apporte à cela est de penser différemment la réalisation de ces algorithmes : ne plus les confier au secteur privé, et particulièrement aux GAFAM, mais aux citoyens lambdas.
Les algorithmes ont un tel pouvoir coercitif et de manipulation que la seule manière de les accepter et d’y adhérer est la compréhension de leur fonctionnement par les citoyens. Pour y parvenir, il faut obligatoirement qu’ils aient participé à leur écriture. Si l’algorithme est transparent et ouvert, il est facile d’y adhérer. Nous serons tous sous la même emprise, mais après en avoir discuté ensemble. Personne ne gagnerait sur le dos de quelqu’un d’autre. Par conséquent, les risques seront alors allégés.
Si un investissement des citoyens est nécessaire et requis, alors l’algocratie questionne-t-elle également l’éducation et la formation ?
Il y a un analphabétisme informatique, mais il faut que le citoyen comprenne dans une moindre mesure ces algorithmes. Il y a un vrai problème de formation dès le plus jeune âge. C’est pourquoi j’ai moi-même plaidé pour des cours d’algorithmie et d’informatique dès le primaire et le secondaire. Cette formation permettrait une certaine familiarité avec le fonctionnement des algorithmes. Ce n’est pas si compliqué à comprendre. D’ailleurs, je ne demande pas que le citoyen devienne un codeur en Python, mais simplement qu’il en comprenne la logique.
Cette société idéale où les algorithmes seraient transparents sans que personne ne gagne plus qu’autrui est-elle possible ?
Nous sommes dans une démocratie. Ce n’est pas forcément possible partout dans toutes les sociétés. Mais je pense que les algorithmes peuvent contribuer à un renforcement démocratique puisqu’ils sont une autre manière de penser la politique. C’est d’ailleurs un de mes principaux arguments : l’algocratie force la démocratie participative. Les algorithmes sont tellement envahissants et imposants qu’il leur faut une autre forme de légitimité que celle de parlementaires, d’informaticiens ou de consultants d’entreprises privées, au risque que les citoyens n’y adhèrent pas.
Lors de votre talk à l’occasion de la Semaine de la science de l’Université Mohammed VI Polytechnique, vous avez rappelé l’importance des universités et des universitaires dans la gestion des collectivités. Est-ce pour rappeler aux étudiants leur rôle à jouer que vous avez participé à cet événement ?
Les universités sont dans leur majorité des établissements publics. C’est donc étonnant que lorsque les administrations publiques doivent affronter des réalités comme la mobilité ou la gestion de la santé publique, elles confient ces missions au secteur privé. Les cabinets de conseil ont pris, par exemple, une grande importance dans la gestion de la vaccination lors de la crise sanitaire de la Covid-19. Je trouve que c’est insupportable, car nous avons des étudiants extraordinaires qui ne demandent qu’à s’impliquer, à leur échelle, dans la gestion de leur ville et de leurs biens publics. Au lieu de les court-circuiter, profitons de cette main-d’œuvre intellectuelle peu chère. D’autant plus qu’ils prennent conscience de la complexité du monde.
L’idée est de revenir vers eux, même si, in fine, il n’est pas impossible que le secteur privé reprenne la main, une fois que nous aurons décidé comment écrire ces algorithmes. Je ne demande pas aux étudiants de faire du web ou de la maintenance, mais de travailler sur ces algorithmes et de savoir comment ils fonctionnent. Les universités à travers le monde sont parfaites pour ça. D’autre part, ce qui est très étonnant, c’est que l’administration publique fait généralement appel aux sciences humaines dans les universités, mais très peu aux secteurs de la technologie et de l’ingénierie. Il arrive que le secteur privé le fasse, mais pas les administrations publiques. Elles n’ont pas le réflexe d’interagir avec les universités.
Conversation avec Reda Benkirane, 54mn
Textes introductifs (français, anglais et arabe) de Hind Aboulazm
L’entretien entre Reda Benkirane et Milad Doueihi offre une plongée profonde dans les ramifications de la conversion du religieux au numérique. Milad Doueihi, expert en humanités numériques, offre un éclairage captivant sur l’interaction complexe entre ces deux sphères en mutation. L’échange s’amorce en explorant la nécessité d’une boussole au sein du paysage numérique en constante évolution. Doueihi aborde l’humanisme numérique, une fusion ingénieuse entre sciences humaines et technologies pour mettre la complexité algorithmique au service des humanités. Par la suite, Doueihi sonde les dédales de la complexité algorithmique avec une perspective à double prisme, mêlant le logico-mathématique à l’humain. Il aborde les humanités numériques, les analyses automatisées des médias et les dilemmes éthiques gravitant autour du transhumanisme. Milad Doueihi, avec son expérience singulière de l’avènement numérique, révèle une lueur d’optimisme prudent face à cette transition. En défiant les stéréotypes simplistes, il appelle à une réflexion nuancée sur l’avenir de cette transformation. En somme, l’entretien révèle l’intersection fascinante entre le religieux et le numérique, éclairée par l’éclairage de Milad Doueihi dans le monde des humanités numériques.
Hind Aboulazm
Milad Doueihi est historien des religions et titulaire de la chaire d’humanisme numérique de l’université de Paris-Sorbonne (Paris-IV). Il est l’auteur de Histoire perverse du cœur humain (Seuil, 1996), Le paradis terrestre. Mythes et philosophie (Seuil, 2006), La grande conversion numérique (Seuil, 2008), Solitude de l’incomparable (Seuil, 2009), Pour un humanisme numérique (Seuil, 2011), Qu’est ce que le numérique? (Hermann, 2013), Un sauvage chez les geeks (Hermann, 2015).
_________________________________
The interview between Reda Benkirane and Milad Doueihi delves deep into the intricacies of the conversion from religious to digital realms. Milad Doueihi, a prominent expert in digital humanities, provides an engaging perspective on the intricate interplay between these two evolving domains. The conversation commences by exploring the need for a compass within the ever-evolving digital landscape. Doueihi introduces the concept of digital humanism, a clever amalgamation of human sciences and technology to grasp the complexities of algorithms from a fresh perspective. Subsequently, Doueihi navigates the labyrinthine complexities of algorithms, intertwining logical-mathematical aspects with the human dimension. He discusses digital humanities, automated media analyses, and the ethical dilemmas orbiting around transhumanism. Drawing from his unique experience amid the digital dawn, Milad Doueihi reveals a glimmer of cautious optimism towards this transition. Defying simplistic stereotypes, he advocates for nuanced contemplation regarding the future of this transformation. In essence, the interview unveils the captivating intersection of the religious and the digital, illuminated by Milad Doueihi’s enlightening expertise in the realm of digital humanities.
HA
Milad Doueihi is a scholar of religious history and holds the Digital Humanities Chair at the University of Paris-Sorbonne (Paris-IV). He is the author of various works including Histoire perverse du cœur humain (Seuil, 1996), Le paradis terrestre. Mythes et philosophie (Seuil, 2006), La grande conversion numérique (Seuil, 2008), Solitude de l’incomparable (Seuil, 2009), Pour un humanisme numérique (Seuil, 2011), Qu’est-ce que le numérique? (Hermann, 2013), and Un sauvage chez les geeks (Hermann, 2015).
_________________________________
المقابلة بين رضا بنكيران وميلاد دويهي تغوص في تعقيدات التحول من العوالم الدينية إلى الرقمية. ميلاد دويهي، خبير بارز في العلوم الإنسانية الرقمية، يقدم وجهة نظر ملهمة حول التفاعل الدقيق بين هذين المجالين المتطورين. تبدأ المحادثة باستكشاف الحاجة إلى بوصلة داخل المشهد الرقمي المتغير باستمرار. يقدم دويهي مفهوم الإنسانية الرقمية، وهو امتزاج ذكي من العلوم الإنسانية والتكنولوجيا لفهم تعقيدات الخوارزميات من وجهة نظر جديدة. بعد ذلك، يقوم دويهي بالتنقل بين تعقيدات الخوارزميات، مشبكًا بين الجوانب المنطقية-الرياضية والبعد الإنساني. يناقش العلوم الإنسانية الرقمية، وتحليلات الوسائط المؤتمتة، والمأزق الأخلاقية المحيطة بالتحوير البشري. استنادًا إلى تجربته الفريدة في فجر العصر الرقمي، يكشف ميلاد دويهي عن بصيص من التفاؤل الحذر تجاه هذا التحول. معارضًا النماذج الاستريوتيبية البسيطة، يدعو إلى التأمل المعقد فيما يخص مستقبل هذا التحول. في جوهرها، تكشف المقابلة عن التقاطع المثير بين الديني والرقمي، مضاءً بخبرة ميلاد دويهي المستنيرة في مجال العلوم الإنسانية الرقمية.
ميلاد دويهي هو عالم في تاريخ الأديان وحاصل على كرسي الإنسانية الرقمية في جامعة باريس-سوربون (باريس-الرابعة). وهو مؤلف لعدة أعمال منها “تاريخ خبيث لقلب الإنسان” (سويل، 1996)، و”الجنة الأرضية. أساطير وفلسفة” (سويل، 2006)، و”التحول الرقمي الكبير” (سويل، 2008)، و“وحدة اللايمكن مقارنتها” (سويل، 2009)،و“من أجل إنسانية رقمية” (سويل، 2011)، و“ما هو الرقمي؟” (هيرمان، 2013)، و“وحش بين الجيكس” (هيرمان، (2015)
Conversation avec Réda Benkirane, Vidéoconférence, 26 juin 2020,1h33mn
Textes introductifs (français, anglais et arabe) de Hind Aboulazm
Lors d’une interview approfondie, Pierre Lévy et Reda Benkirane ont analysé les retombées de la pandémie de COVID-19 sur les plans économique, politique et communicationnel, mettant en relief l’importance cruciale de la communication numérique dans le contexte de l’ère algorithmique et de la mondialisation.
Pierre Lévy a mis en évidence l’aggravation de l’impact économique de la Chine et les enjeux d’autonomie régionale, en soulignant la concentration du pouvoir politique et l’utilisation des données personnelles à des fins de traçage, avec l’émergence d’une forme de régime semi-totalitaire liant santé publique, gouvernance et surveillance électronique. De son côté, Reda Benkirane a soulevé des interrogations sur la croissance économique sans limites et la surconsommation, illustrées par la mise en pause temporaire de l’économie et l’éventualité d’une réorientation économique majeure.
La discussion s’est focalisée sur la perception de la pandémie, où certains remettaient en question la véracité des effets mortels signalés, mais où tous reconnaissaient les conséquences mentales et sociales du confinement. Les impacts du confinement ont également mis en exergue les inégalités sociales, révélant comment les populations défavorisées vivaient ce confinement comme une contrainte brutale, accentuant ainsi les disparités déjà existantes. La conversation s’est ensuite tournée vers les sociétés sécuritaires, examinant comment la peur pouvait être utilisée comme un outil de mobilisation de masse, ainsi que l’émergence des États plateformes et la montée en puissance des géants technologiques, et suscitant des réflexions sur la redistribution du pouvoir dans la sphère publique. En fin de compte, cette discussion a fourni un aperçu approfondi des répercussions de la pandémie sur des éléments essentiels de la société moderne, ouvrant des pistes de réflexion cruciales pour naviguer dans un monde en pleine mutation, façonné par les interactions complexes entre technologie et société.
Hind Aboulazm
Pierre Lévy, philosophe et sociologue, professeur émérite de l’Université d’Ottawa, Canada, est l’auteur de La Sphère sémantique (Hermès Lavoisier, 2011, The Semantic Sphere 1. Computation, Cognition and the Information Economy, ISTE / Wiley, London and NY, 2011), Cyberdémocratie. Essai de philosophie politique (Éditions Odile Jacob, 2002), Cyberculture (Odile Jacob, 1998), Qu’est-ce que le virtuel ? (La Découverte, 1995), L’intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberspace (La Découverte, 1994), L’idéographie dynamique. Vers une imagination artificielle ? (La Découverte, 1992), De la programmation considérée comme un des beaux-arts (La Découverte, 1992), Les Technologies de l’intelligence (La Découverte, 1990), La Machine univers (La Découverte, 1987). Son blog : pierrelevyblog.com
_________________________________
In an in-depth interview, Pierre Lévy and Reda Benkirane analyzed the repercussions of the COVID-19 pandemic on economic, political, and communicative levels, highlighting the crucial importance of digital communication within the context of the algorithmic era and globalization. Pierre Lévy underscored the exacerbated economic impact of China and issues of regional autonomy, emphasizing the concentration of political power and the use of personal data for tracking, with the emergence of a semi-totalitarian form of regime intertwining public health, governance, and electronic surveillance. On the other hand, Reda Benkirane raised questions about boundless economic growth and overconsumption, illustrated by the temporary halt of the economy and the potential for major economic reorientation.
The discussion focused on the perception of the pandemic, where some questioned the accuracy of reported fatal effects, yet all acknowledged the mental and social consequences of lockdown. The impacts of confinement also brought to light social inequalities, revealing how disadvantaged populations experienced the lockdown as a harsh constraint, thereby amplifying existing disparities. The conversation then shifted to security-oriented societies, examining how fear could be employed as a tool for mass mobilization, as well as the emergence of platform states and the rising influence of technological giants, prompting reflections on power redistribution in the public sphere. Ultimately, this discussion provided an in-depth insight into the pandemic’s repercussions on vital aspects of modern society, offering crucial avenues for navigating a rapidly changing world shaped by intricate interactions between technology and society.
HA
Pierre Lévy, philosopher and sociologist, emeritus professor at the University of Ottawa, Canada, is author of La Sphère sémantique (Hermès Lavoisier, 2011, The Semantic Sphere 1. Computation, Cognition and the Information Economy, ISTE / Wiley, London and NY, 2011), Cyberdémocratie. Essai de philosophie politique (Éditions Odile Jacob, 2002), Cyberculture (Odile Jacob, 1998), Qu’est-ce que le virtuel ? (La Découverte, 1995), L’intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberspace (La Découverte, 1994), L’idéographie dynamique. Vers une imagination artificielle ? (La Découverte, 1992), De la programmation considérée comme un des beaux-arts (La Découverte, 1992), Les Technologies de l’intelligence (La Découverte, 1990), La Machine univers (La Découverte, 1987). His blog : pierrelevyblog.com
_________________________________
خلال مقابلة عميقة، قام بيير ليفي ورضا بنكيران بتحليل آثار جائحة كوفيد-19 على الصعيدين الاقتصادي والسياسي والاتصالي، مسلطين الضوء بشكل حاسم على أهمية الاتصال الرقمي ضمن سياق العصر الخوارزمي والعولمة. أكد بيير ليفي التأثير الاقتصادي المتفاقم للصين وقضايا الحكم الذاتي الإقليمي، مشددًا على تركيز السلطة السياسية واستخدام البيانات الشخصية لتتبع الأشخاص، مع ظهور نوع من النظام شبه الاستبدادي يربط بين الصحة العامة والحوكمة والمراقبة الإلكترونية. من ناحية أخرى، أثار رضا بنكيران تساؤلات حول النمو الاقتصادي غير المحدود والاستهلاك المفرط، موضحًا ذلك من خلال توقف مؤقت للاقتصاد واحتمال توجه اقتصادي رئيسي.
تركزت المناقشة على تصور الجائحة، حيث شكك البعض في دقة الآثار المميتة المُبلغ عنها، ولكن الجميع أقروا بالآثار النفسية والاجتماعية للإغلاقات. كما ألقت آثار الحجر الصحي الضوء على الفوارق الاجتماعية، مكشفةً كيف عاشت الفئات المحرومة الإغلاق كقيد قاسٍ، مما عزز الاختلافات الموجودة. ثم انتقلت المحادثة إلى المجتمعات الموجهة نحو الأمان، مُدركةً كيف يمكن استخدام الخوف كأداة للتعبئة الجماعية، فضلاً عن ظهور الدول المنصة وتزايد نفوذ العمالقة التكنولوجيين، مما أثار تأملات حول إعادة توزيع السلطة في المجال العام. في النهاية، قدمت هذه المناقشة رؤية عميقة لتداعيات الجائحة على جوانب حيوية من المجتمع الحديث، مُقدمةً وسائل حاسمة للتنقل في عالم يتغير بسرعة ويشكله التفاعل المعقد بين التكنولوجيا والمجتمع.
بيير ليفي، متخصص في فهم الآثار الثقافية والإدراكية للتقنيات الرقمية، وظاهرة الذكاء الجمعي للإنسان. يحتل مكانة بين الفلاسفة البارزين الذين يتناولون آثار cyberespace والاتصالات الرقمية. قام ليفي بكتابة العديد من الكتب، ترجمت إلى أكثر من 12 لغة وتُدرس على نطاق واسع في الجامعات حول العالم. عمله الأكثر أهمية، الذي نُشر أولاً باللغة الفرنسية في عام 1994 وتُرجم بعد ذلك إلى الإنجليزية، يحمل عنوان “الذكاء الجمعي: عالم الإنسان الناشئ في السيبرسبيس.” واحدة من منشوراته الملحوظة كالتالي:
ليفي بيير، “أعمال وارن ماككولوخ”، في “كاهييه دو كريا”، 7، باريس 1986، صفحات 211-255.
مثيل، “تحليل محتوى أعمال مختبر الحاسوب البيولوجي (BCL)”، في “كاهييه دو كريا”، 8، باريس 1986، صفحات 155-191.
مثيل، “الآلة العالمية: الإبداع والإدراك وثقافة الحاسوب”، لا ديكوفرت، باريس 1987.
Conversation avec Réda Benkirane, vidéoconférence, 14 juillet 2020, 1h31mn.
Textes introductifs (français, anglais et arabe) de Samia Erraji
L’entretien entre Reda Benkirane et Olivier Le Cour Grandmaison explore les liens entre l’histoire coloniale et les problèmes sociopolitiques contemporains en France. Le Cour Grandmaison, bien qu’il ne soit pas historien de formation, a écrit sur la colonisation en tant que phénomène total aux dimensions politiques, historiques et philosophiques. Il souligne la nécessité d’aborder cette question de manière interdisciplinaire pour en saisir la complexité.
Son travail examine notamment Alexis de Tocqueville, la guerre d’Algérie et l’islamophobie à travers l’histoire. Les lois coloniales subsistent aujourd’hui, telles que l’internement administratif, l’état d’urgence, appliqués notamment contre les minorités racisées.
Le passé colonial se reflète dans la mémoire française à travers les noms de rues, les statues glorifiant des figures ayant opprimé les indigènes, en contradiction avec les principes républicains.
Benkirane et Le Cour Grandmaison explorent les similitudes et différences entre les époques coloniale et contemporaine. Le Cour Grandmaison pointe les pratiques policières et la perception des minorités issues de l’immigration postcoloniale, ajoutant des dimensions ethno-raciales et religieuses aux problèmes sociaux.
L’islamophobie trouve ses racines dans le racisme scientifique et l’histoire coloniale. Le Cour Grandmaison contextualise l’émergence du racisme scientifique et comment il fut propagé par des intellectuels influents tels qu’Ernest Renan. Ainsi les représentations négatives de l’islam étaient liées à des notions de stagnation et de menace pour la civilisation européenne.
Une comparaison avec l’antisémitisme est faite, soulignant la tolérance de l’islamophobie dans le discours public. Les rôles des médias et des intellectuels sont évoqués dans la manière dont ils façonnent les perceptions.
L’entretien aborde enfin la nécessité de reconnaître l’histoire coloniale en France pour résoudre les crises identitaires actuelles. La politique de reconnaissance des crimes coloniaux est également discutée, soulignant le manque d’engagement des plus hautes autorités françaises.
Les mouvements actuels de lutte contre le racisme sont évoqués, et un futur projet sur le racisme au pluriel en France est annoncé.
En résumé, l’entretien explore l’influence persistante de l’histoire coloniale sur la société contemporaine française, notamment en ce qui concerne les problèmes de racisme, d’islamophobie et d’identité, tout en examinant les défis et les projets futurs pour un changement significatif.
Samia Erraji
Olivier Le Cour Grandmaison est politologue et enseigne à l’université de Paris-Saclay-Evry-Val d’Essone. Il est l’auteur de Les Citoyennetés en Révolution (1789-1794) (Paris, PUF, 1992), Les Constitutions françaises (Paris, La Découverte, 1996), Haine(s) : Philosophie etpolitique (Paris, PUF, 2002), Coloniser, exterminer. Sur la guerre et l’État colonial (Paris, Fayard, 2005), La République impériale : politique et racisme d’État (Paris, Fayard, 2009), De l’indigénat. Anatomie d’un « monstre » juridique : le droit colonial en Algérie et dans l’empire français (Paris, Zones/La Découverte, 2010), L’Empire des hygiénistes. Vivre aux colonies (Paris, Fayard, 2014) et « Ennemis mortels ». Représentations de l’islam et politiques musulmanes en France à l’époque coloniale (Paris, La Découverte, 2019).
_________________________________
The interview between Reda Benkirane and Olivier Le Cour Grandmaison explores the connections between colonial history and contemporary socio-political issues in France. Le Cour Grandmaison, though not strictly an historian, has written about colonization as a total phenomenon with political, historical, and philosophical dimensions. He emphasizes the need to approach this topic in an interdisciplinary manner to grasp its complexity.
His work examines Alexis de Tocqueville, the Algerian War, and Islamophobia throughout history. Colonial laws persist today, such as administrative detention and states of emergency, applied particularly against racial minority groups.
The colonial past is reflected in French memory through street names, statues glorifying figures who oppressed natives, contradicting republican principles.
They delve into the similarities and differences between colonial and contemporary eras. Le Cour Grandmaison highlights police practices and the perception of minorities from postcolonial immigration, adding ethno-racial and religious dimensions to social issues.
Islamophobia finds its roots in scientific racism and colonial history. Le Cour Grandmaison contextualizes the emergence of scientific racism and how it was propagated by influential intellectuals. Negative representations of Islam were tied to notions of stagnation and a threat to European civilization.
A comparison with anti-Semitism is made, underscoring the tolerance of Islamophobia in public discourse. The roles of media and intellectuals are discussed in shaping perceptions.
The interview finally addresses the need to acknowledge colonial history in France to resolve current identity crises. The policy of recognizing colonial crimes is also discussed, highlighting the lack of commitment from the highest French authorities.
Current movements combating racism are mentioned, and a future project on pluralistic racism in France is announced.
In summary, the interview explores the persistent influence of colonial history on contemporary French society, particularly concerning issues of racism, Islamophobia, and identity, while examining challenges and future projects for meaningful change.
SE
Olivier Le Cour Grandmaison is a political scientist and teaches at the University of Paris-Saclay-Evry-Val d’Essonne. He is the author of several works, including “Citizenships in Revolution (1789-1794)” (Paris, PUF, 1992), “French Constitutions” (Paris, La Découverte, 1996), “Hatred(s): Philosophy and Politics” (Paris, PUF, 2002), “Colonize, Exterminate: On War and the Colonial State” (Paris, Fayard, 2005), “The Imperial Republic: Politics and State Racism” (Paris, Fayard, 2009), “Of Indigeneity: Anatomy of a ‘Monstrous’ Legal Concept – Colonial Law in Algeria and the French Empire” (Paris, Zones/La Découverte, 2010), “The Empire of Hygienists: Living in the Colonies” (Paris, Fayard, 2014), and “Deadly Enemies: Representations of Islam and Muslim Politics in France During the Colonial Era” (Paris, La Découverte, 2019).
_________________________________
تستكشف المقابلة بين رضا بنكيران وأوليفييه لو كور جراندمايسون الروابط بين التاريخ الاستعماري والقضايا الاجتماعية والسياسية المعاصرة في فرنسا. يكتب لو كور جراندمايسون، على الرغم من أنه ليس مؤرخًا بالمعنى الدقيق، حول الاستعمار كظاهرة شاملة ذات أبعاد سياسية وتاريخية وفلسفية. يشدد على ضرورة التعامل مع هذا الموضوع بطريقة متعددة التخصصات لفهم تعقيده.
الماضي الاستعماري يتجلى في الذاكرة الفرنسية من خلال أسماء الشوارع والتماثيل التي تمجد الشخصيات التي قامت بقمع السكان الأصليين، متناقضة مع مبادئ الجمهورية.
يغوصون في التشابهات والاختلافات بين العصور الاستعمارية والمعاصرة. يسلط لو كور جراندمايسون الضوء على ممارسات الشرطة والتصوّر للأقليات من الهجرة ما بعد الاستعمار، مضيفًا أبعادًا عرقية ودينية إلى القضايا الاجتماعية.
الإسلاموفوبيا تجد جذورها في العنصرية العلمية والتاريخ الاستعماري. يوضح لو كور جراندمايسون سياق ظهور العنصرية العلمية وكيف تم نشرها عن طريق المثقفين المؤثرين. ربطت التصوّرات السلبية للإسلام بمفاهيم الركودوالتهديد للحضارة الأوروبية.
يتم إجراء مقارنة مع معاداة السامية، مشددين على التسامح تجاه الإسلاموفوبيا في الخطاب العام. يتم مناقشة أدوار وسائل الإعلام والمثقفين في تشكيل التصورات.
وأخيرًا، تتناول المقابلة الحاجة إلى الاعتراف بالتاريخ الاستعماري في فرنسا لحل أزمات الهوية الحالية. يتم مناقشة سياسة الاعتراف بجرائم الاستعمار أيضًا، مشددين على نقص التزام أعلى السلطات الفرنسية.
يُشار إلى حركات مكافحة العنصرية الحالية، ويُعلن عن مشروع مستقبلي حول العنصرية المتعددة في فرنسا.
في الختام، تستكشف المقابلة التأثير المستمر للتاريخ الاستعماري على المجتمع الفرنسي المعاصر، لا سيما فيما يتعلق بقضايا العنصرية والإسلاموفوبيا والهوية، مع دراسة التحديات والمشاريع المستقبلية من أجل تغيير ذو مغزى.
سامية الراجي
أوليفييه لو كور جراندمايسون هو عالِم سياسة ويُدرِّس في جامعة باريس-ساكلاي-إيفري-فال دي إيسون. وهو مؤلف كتب مثل “المواطنة في الثورة (1789-1794)” (باريس، PUF، 1992(، و”الدساتير الفرنسية” (باريس، لا ديكوفيرت، 1996)، و”الكراهية: فلسفة وسياسة)” باريس، PUF، 2002(، و”استعمار، إبادة. حول الحرب والدولة الاستعمارية” (باريس، فيار، 2005)، و”الجمهورية الإمبراطورية: السياسة والعنصرية الحكومية” (باريس، فيار، 2009)، و”من ذوي النسب: تشريح لـ ‘وحش’ قانوني: القانون الاستعماري في الجزائر والإمبراطورية الفرنسية” (باريس، زون/لا ديكوفيرت، 2010)، و”إمبراطورية المطهِّرين: العيش في المستعمرات” (باريس، فيار، 2014)، و”أعداء مميتون”. تصوُّرات الإسلام وسياسات المسلمين في فرنسا خلال العصر الاستعماري” (باريس، لا ديكوفيرت، 2019).
Conversation with Reda Benkirane. Videoconference, 29 December 2020, 115 minutes
Introductory text by Dada Kehinde
In an insightful interview led by Reda Benkirane, Oxford historian Faisal Devji’s diverse background and academic journey are highlighted. Devji, originating from a migrant trading community with roots in East Africa, travelled from Canada to England, exemplifying exposure to various cultures and nations. His research revolves around the broader Muslim community rather than being limited to Indian and South Asian demographics. Devji consciously maintains a broader perspective on his intellectual pursuits and academic work, as seen in his article “Gesture of Homage,” which explores Tanzania’s political landscape.
Devji’s approach to Postcolonialism and Subaltern studies distinguishes him from his colleagues working on these historical and geographical areas. While his colleagues focus on post-colonial nation-states, Devji’s approach delves into the journey of ideas between people. He sees Subaltern studies as a continuation of anti-colonial nationalism and views it as an evolving concept rather than a static one tied to a particular geography.
In terms of secularism, Devji emphasizes a non-European perspective. He highlights the South Asian viewpoint where secularism entails treating all religious groups equally, fostering harmony among diverse communities, and addressing historical conflicts. Devji’s interpretation resonates with the partition of India and the creation of Pakistan, where separate nations were established to facilitate coexistence of different faiths.
Regarding the role of Muslims in the 21st century, Devji sees them as potential mediators in various contexts. He discusses shifts in India from caste-based issues to religious differences and notes Pakistan’s internal religious variations within Islam. Donevji also points out Islam’s historical role as a connector among various religions, making it a bridge.
The interview delves into the relevance of Mohammed Iqbal’s philosophical work today. Devji highlights Iqbal’s unique perspective, combining Eastern and Western philosophies to redefine modernity as an intellectual concept beyond technological advancement. Iqbal’s insights align with contemporary discussions on technology’s societal impacts, offering valuable analysis of modern dynamics.
In conclusion, the interview with Faisal Devji provides a captivating exploration of his background, research, and perspectives on topics ranging from Postcolonialism to secularism and the role of Muslims in the modern era. His unique insights and approaches contribute to a deeper understanding of these complex subjects.
Dada Kehinde
Faisal Devji is professor of history at the university of Oxford. He is the author of Landscapes of the Jihad: Militancy, Morality, Modernity (Hurst, 2005), The Terrorist in Search of Humanity: Militant Islam and Global Politics (Hurst, 2009), The Impossible India: Gandhi and the Temptation of Violence (Harvard University Press, 2012) and Muslim Zion: Pakistan as a Political Idea (Harvard University Press, 2013). He has coedited Islam after Liberalism (with Zaheer Kazmi, Oxford University Press, 2017) and Political Thought in Action: The Bhagavad Gita and Modern India (with Shruti Kapila, Cambridge University Press, 2013).
_________________________________
Dans une interview menée par Reda Benkirane, le parcours académique diversifié et les antécédents de l’historien d’Oxford, Faisal Devji, sont mis en avant. Devji, originaire d’une communauté de commerçants migrants ayant des racines en Afrique de l’Est, a voyagé du Canada en Angleterre, illustrant ainsi son exposition à diverses cultures et nations. Sa recherche porte sur la communauté musulmane dans son ensemble, plutôt que d’être limitée aux données démographiques indiennes et sud-asiatiques. Devji entretient consciemment une perspective plus large dans ses recherches intellectuelles et son travail académique, comme le montre son article “Geste d’hommage”, qui explore le paysage politique de la Tanzanie.
L’approche de Devji envers le postcolonialisme et les études subalternes le distingue de ses collègues travaillant sur ces domaines historiques et géographiques. Alors que ses collègues se concentrent sur les États-nations postcoloniaux, l’approche de Devji plonge dans le voyage des idées entre les personnes. Il voit les études subalternes comme une continuation du nationalisme anticolonial et les considère comme un concept en évolution plutôt que comme un concept statique lié à une géographie particulière.
En ce qui concerne la laïcité, Devji met l’accent sur une perspective non européenne. Il met en avant le point de vue sud-asiatique selon lequel la laïcité implique de traiter toutes les communautés religieuses de manière égale, de favoriser l’harmonie entre les différentes communautés et de résoudre les conflits historiques. L’interprétation de Devji résonne avec la partition de l’Inde et la création du Pakistan, où des nations séparées ont été établies pour faciliter la coexistence de différentes confessions.
En ce qui concerne le rôle des musulmans au XXIe siècle, Devji les voit comme des médiateurs potentiels dans divers contextes. Il discute des évolutions en Inde, passant des problèmes basés sur la caste aux différences religieuses, et note les variations religieuses internes au sein de l’islam au Pakistan. Devji souligne également le rôle historique de l’islam en tant que lien entre différentes religions, en faisant ainsi un pont.
L’interview explore la pertinence de l’œuvre philosophique de Mohammed Iqbal de nos jours. Devji met en avant la perspective unique d’Iqbal, combinant des philosophies orientales et occidentales pour redéfinir la modernité en tant que concept intellectuel au-delà de l’avancement technologique. Les idées d’Iqbal s’alignent sur les discussions contemporaines sur les impacts sociétaux de la technologie, offrant une analyse précieuse des dynamiques modernes.
En conclusion, l’interview avec Faisal Devji offre une exploration captivante de son parcours, de ses recherches et de ses perspectives sur des sujets allant du postcolonialisme à la laïcité et au rôle des musulmans dans l’ère moderne. Ses idées et approches uniques contribuent à une compréhension plus approfondie de ces sujets complexes.
DK
Faisal Devji est professeur d’histoire à l’université d’Oxford. Il est l’auteur de Landscapes of the Jihad: Militancy, Morality, Modernity (Hurst, 2005), The Terrorist in Search of Humanity: Militant Islam and Global Politics (Hurst, 2009), The Impossible India: Gandhi and the Temptation of Violence (Harvard University Press, 2012) and Muslim Zion: Pakistan as a Political Idea (Harvard University Press, 2013). He has coedited Islam after Liberalism (with Zaheer Kazmi, Oxford University Press, 2017) et Political Thought in Action: The Bhagavad Gita and Modern India (with Shruti Kapila, Cambridge University Press, 2013).
_________________________________
في مقابلة أجراها رضا بنكيرين ، تم تسليط الضوء على الخلفية الأكاديمية المتنوعة لعالم التاريخ في أكسفورد فيصل ديفجي. ديفجي ، الذي ينحدر من مجتمع تجاري مهاجر له جذور في شرق إفريقيا ، سافر من كندا إلى إنجلترا ، مما يجسد التعرض لمختلف الثقافات والأمم. تدور أبحاثه حول المجتمع المسلم الأوسع بدلاً من أن تقتصر على التركيبة السكانية الهندية وجنوب آسيوية. يحافظ ديفجي بوعي على منظور أوسع في سعيه الفكري وعمله الأكاديمي ، كما هو موضح في مقاله بعنوان “لفتة التحية”، يتم استكشاف المشهد السياسي في تنزانيا.
نهج ديفجي فيما يتعلق بما بعد الاستعمار والدراسات الفرعية يميزه عن زملائه الذين يعملون في هذه المجالات التاريخية والجغرافية. بينما يركز زملائه على الدول القومية ما بعد الاستعمار ، فإن نهج ديفجي يركز على رحلة الأفكار بين الناس. يرى دراسات المهمشين كاستمرار للقومية المناهضة للاستعمار وينظر إليها على أنها مفهوم متطور بدلاً من مفهوم ثابت مرتبط بموقع جغرافي معين.
اما فيما يتعلق بمسألة العلمانية، يُسلط ديفجي الضوء على منظور غير أوروبي. إنه يسلط الضوء على وجهة نظر جنوب آسيوية ترى أن العلمانية تتضمن معاملة جميع الطوائف الدينية بالمساواة، وتشجيع التناغم بين مختلف الطوائف، وحل الصراعات التاريخية.
بالنسبة لدور المسلمين في القرن الواحد والعشرين، يرى ديفجي أنهم يمكن أن يكونوا وسطاء محتملين في سياقات متنوعة. يناقش تطورات في الهند، حيث تحولت المسائل من مسائل تتعلق بالطبقات إلى قضايا دينية، ويسجل التباينات الدينية الداخلية في الإسلام بباكستان. كما يسلط ديفجي الضوء على الدور التاريخي للإسلام كوسيط بين مختلف الأديان، مما يجعله جسراً بينها.
هذا اللقاء يستكشف جدوى العمل الفلسفي لمحمد إقبال في الوقت الحاضر. يبرز ديفجي في هذا السياق الرؤية الفريدة لإقبال، حيث يجمع بين الفلسفات الشرقية والغربية لإعادة تعريف الحداثة كمفهوم فكري يتجاوز التقدم التكنولوجي. تتماشى أفكار إقبال مع المناقشات المعاصرة حول تأثيرات التكنولوجيا على المجتمع، مما يقدم تحليلاً قيمًا للديناميات الحديثة.
في الختام ، توفر المقابلة مع فيصل ديفجي استكشافًا آسرًا لخلفيته وأبحاثه ورؤيته حول موضوعات تتراوح من ما بعد الاستعمار إلى العلمانية ودور المسلمين في العصر الحديث. تساهم رؤاه الفريدة ونهجها في فهم أعمق لهذه الموضوعات المعقدة.
ترجمة: سامية الراجي
فيصل ديفجي، وُلِدَ في عام 1964، هو أستاذ في تاريخ الهند في جامعة أكسفورد. اشتُهِر بعمله في مجال الحداثة والإسلام والعنف. تتناول الأبحاث التاريخية لديفجي في كثير من الأحيان تداخلات السياسة والدين والعولمة، مع التركيز الخاص على المجتمعات المسلمة. هو مؤلف كتاب “مناظر الجهاد: النشاط العسكري، والأخلاق، والحداثة” (هيرست، 2005)، وكتاب “الإرهابي في بحث عن الإنسانية: الإسلام المتشدد والسياسة العالمية” (هيرست، 2009)، وكتاب “الهند المستحيلة: غاندي وإغراء العنف” (مطبعة جامعة هارفارد، 2012)، وكتاب “صهيون المسلم: باكستان كفكرة سياسية” (مطبعة جامعة هارفارد، 2013). كما شارك في تحرير كتاب “الإسلام بعد الليبرالية” (بالاشتراك مع ظهير كاظمي، مطبعة جامعة أكسفورد، 2017) وكتاب “الفكر السياسي في العمل: بهاغافاد غيتا والهند الحديثة” (بالاشتراك مع شروتي كابيلا، مطبعة جامعة كامبريدج، 2013). يمكنكم معرفة المزيد عنه عبر زيارة الرابط التالي: