Entretien avec Hugues Bersini, l’auteur de «Algocratie »

La Semaine de la science de l’Université Mohammed VI Polytechnique a été l’occasion pour de nombreux scientifiques de présenter leur thèse. C’est le cas de Hugues Bersini, professeur d’informatique à l’Université libre de Bruxelles. Il a défendu sa thèse sur l’«algocratie» où les algorithmes, écrits en collaboration avec les citoyens, contrôleraient nos vies dans une démocratie réaffirmée.

Le Matin : Vous avez récemment publié un essai intitulé «Algocratie : les algorithmes vont-ils prendre le pouvoir ?» quels constats avez-vous fait pour arriver à cette hypothèse ?
Huges Bersini : 
Le premier constat, c’est qu’ils ont déjà pris le pouvoir : ils ont déjà envahi nos vies aux sujets de la mobilité, des recommandations culturelles, de l’accès aux établissements scolaires ou à un crédit. À partir du moment où ils sont déjà là, je me questionne, dans mon livre, sur comment les légitimer ou leur donner encore plus de légitimité.

Quels sont les avantages et les risques d’intégrer les algorithmes dans notre vie quotidienne ?
Notre vie quotidienne est devenue très complexe. Il faut partager des ressources telles que la route, les écoles et la consommation électrique. Mais comment gérer ce partage et cette complexité avec le soutien des citoyens ? Je pense qu’on a besoin des algorithmes, car ils peuvent comprendre et gérer la complexité du monde entre les crises environnementales et économiques.

Par exemple, pourquoi les algorithmes tels que ParcourSup ont été créés ? Ils sont nés parce que certains établissements étaient plus prisés que d’autres. Il n’y avait pas de vrais critères pour favoriser certains étudiants. On les a donc établis, mais ils ne sont pas forcément acceptés ni parfaitement compris. Ce que je veux, c’est que ces critères soient débattus et qu’à la suite de ce débat, ils soient vraiment intégrés dans l’algorithme. Personne ne sera alors surpris, car les critères auront été décidés par les citoyens. Il faut que ces derniers comprennent le fonctionnement des algorithmes pour que ceux-ci soient acceptés.

Cependant, les risques existent et ils viennent de l’efficacité des algorithmes : ils sont tellement efficaces qu’ils font formater la société. On peut, tout de même, décider de ne pas formater tous les secteurs de nos vies. De fait, ils ont un pouvoir et on le sait. Comme je l’ai d’ailleurs dit plus tôt, nos comportements et nos vies sont déjà sous l’emprise des algorithmes.

Que proposez-vous pour pallier ces menaces et ces problématiques et trouver un équilibre entre ces risques et ces avantages ?
En Europe, on est très préoccupés par cette invasion algorithmique. C’est la raison pour laquelle la Commission européenne et d’autres pays publient des manifestes pour une intelligence artificielle (IA) plus éthique et pour des algorithmes plus égalitaires, transparents et inclusifs. Mais de mon côté, je me suis inquiété du peu de signification de ces mots. La solution que j’apporte à cela est de penser différemment la réalisation de ces algorithmes : ne plus les confier au secteur privé, et particulièrement aux GAFAM, mais aux citoyens lambdas.

Les algorithmes ont un tel pouvoir coercitif et de manipulation que la seule manière de les accepter et d’y adhérer est la compréhension de leur fonctionnement par les citoyens. Pour y parvenir, il faut obligatoirement qu’ils aient participé à leur écriture. Si l’algorithme est transparent et ouvert, il est facile d’y adhérer. Nous serons tous sous la même emprise, mais après en avoir discuté ensemble. Personne ne gagnerait sur le dos de quelqu’un d’autre. Par conséquent, les risques seront alors allégés.

Si un investissement des citoyens est nécessaire et requis, alors l’algocratie questionne-t-elle également l’éducation et la formation ?
Il y a un analphabétisme informatique, mais il faut que le citoyen comprenne dans une moindre mesure ces algorithmes. Il y a un vrai problème de formation dès le plus jeune âge. C’est pourquoi j’ai moi-même plaidé pour des cours d’algorithmie et d’informatique dès le primaire et le secondaire. Cette formation permettrait une certaine familiarité avec le fonctionnement des algorithmes. Ce n’est pas si compliqué à comprendre. D’ailleurs, je ne demande pas que le citoyen devienne un codeur en Python, mais simplement qu’il en comprenne la logique.

Cette société idéale où les algorithmes seraient transparents sans que personne ne gagne plus qu’autrui est-elle possible ?
Nous sommes dans une démocratie. Ce n’est pas forcément possible partout dans toutes les sociétés. Mais je pense que les algorithmes peuvent contribuer à un renforcement démocratique puisqu’ils sont une autre manière de penser la politique. C’est d’ailleurs un de mes principaux arguments : l’algocratie force la démocratie participative. Les algorithmes sont tellement envahissants et imposants qu’il leur faut une autre forme de légitimité que celle de parlementaires, d’informaticiens ou de consultants d’entreprises privées, au risque que les citoyens n’y adhèrent pas.

Lors de votre talk à l’occasion de la Semaine de la science de l’Université Mohammed VI Polytechnique, vous avez rappelé l’importance des universités et des universitaires dans la gestion des collectivités. Est-ce pour rappeler aux étudiants leur rôle à jouer que vous avez participé à cet événement ?
Les universités sont dans leur majorité des établissements publics. C’est donc étonnant que lorsque les administrations publiques doivent affronter des réalités comme la mobilité ou la gestion de la santé publique, elles confient ces missions au secteur privé. Les cabinets de conseil ont pris, par exemple, une grande importance dans la gestion de la vaccination lors de la crise sanitaire de la Covid-19. Je trouve que c’est insupportable, car nous avons des étudiants extraordinaires qui ne demandent qu’à s’impliquer, à leur échelle, dans la gestion de leur ville et de leurs biens publics. Au lieu de les court-circuiter, profitons de cette main-d’œuvre intellectuelle peu chère. D’autant plus qu’ils prennent conscience de la complexité du monde.

L’idée est de revenir vers eux, même si, in fine, il n’est pas impossible que le secteur privé reprenne la main, une fois que nous aurons décidé comment écrire ces algorithmes. Je ne demande pas aux étudiants de faire du web ou de la maintenance, mais de travailler sur ces algorithmes et de savoir comment ils fonctionnent. Les universités à travers le monde sont parfaites pour ça. D’autre part, ce qui est très étonnant, c’est que l’administration publique fait généralement appel aux sciences humaines dans les universités, mais très peu aux secteurs de la technologie et de l’ingénierie. Il arrive que le secteur privé le fasse, mais pas les administrations publiques. Elles n’ont pas le réflexe d’interagir avec les universités.

Entretien réalisé par Margaux Nourry

 Hugues Bersini présentant son ouvrage lors de la Semaine de la science de l'UM6P. Ph. Saouri

 

La conversion du religieux au numérique. Milad Doueihi

Conversation avec Reda Benkirane, 54mn
Textes introductifs (français, anglais et arabe) de Hind Aboulazm 

L’entretien entre Reda Benkirane et Milad Doueihi offre une plongée profonde dans les ramifications de la conversion du religieux au numérique. Milad Doueihi, expert en humanités numériques, offre un éclairage captivant sur l’interaction complexe entre ces deux sphères en mutation. L’échange s’amorce en explorant la nécessité d’une boussole au sein du paysage numérique en constante évolution. Doueihi aborde l’humanisme numérique, une fusion ingénieuse entre sciences humaines et technologies pour mettre la complexité algorithmique au service des humanités. Par la suite, Doueihi sonde les dédales de la complexité algorithmique avec une perspective à double prisme, mêlant le logico-mathématique à l’humain. Il aborde les humanités numériques, les analyses automatisées des médias et les dilemmes éthiques gravitant autour du transhumanisme. Milad Doueihi, avec son expérience singulière de l’avènement numérique, révèle une lueur d’optimisme prudent face à cette transition. En défiant les stéréotypes simplistes, il appelle à une réflexion nuancée sur l’avenir de cette transformation. En somme, l’entretien révèle l’intersection fascinante entre le religieux et le numérique, éclairée par l’éclairage de Milad Doueihi dans le monde des humanités numériques.

Hind Aboulazm

Milad Doueihi est historien des religions et titulaire de la chaire d’humanisme numérique de l’université de Paris-Sorbonne (Paris-IV). Il est l’auteur de Histoire perverse du cœur humain (Seuil, 1996), Le paradis terrestre. Mythes et philosophie (Seuil, 2006), La grande conversion numérique (Seuil, 2008), Solitude de l’incomparable (Seuil, 2009), Pour un humanisme numérique (Seuil, 2011), Qu’est ce que le numérique? (Hermann, 2013), Un sauvage chez les geeks (Hermann, 2015).

_________________________________

The interview between Reda Benkirane and Milad Doueihi delves deep into the intricacies of the conversion from religious to digital realms. Milad Doueihi, a prominent expert in digital humanities, provides an engaging perspective on the intricate interplay between these two evolving domains. The conversation commences by exploring the need for a compass within the ever-evolving digital landscape. Doueihi introduces the concept of digital humanism, a clever amalgamation of human sciences and technology to grasp the complexities of algorithms from a fresh perspective. Subsequently, Doueihi navigates the labyrinthine complexities of algorithms, intertwining logical-mathematical aspects with the human dimension. He discusses digital humanities, automated media analyses, and the ethical dilemmas orbiting around transhumanism. Drawing from his unique experience amid the digital dawn, Milad Doueihi reveals a glimmer of cautious optimism towards this transition. Defying simplistic stereotypes, he advocates for nuanced contemplation regarding the future of this transformation. In essence, the interview unveils the captivating intersection of the religious and the digital, illuminated by Milad Doueihi’s enlightening expertise in the realm of digital humanities.

HA

Milad Doueihi is a scholar of religious history and holds the Digital Humanities Chair at the University of Paris-Sorbonne (Paris-IV). He is the author of various works including Histoire perverse du cœur humain (Seuil, 1996), Le paradis terrestre. Mythes et philosophie (Seuil, 2006), La grande conversion numérique (Seuil, 2008), Solitude de l’incomparable (Seuil, 2009), Pour un humanisme numérique (Seuil, 2011), Qu’est-ce que le numérique? (Hermann, 2013), and Un sauvage chez les geeks (Hermann, 2015).

_________________________________

المقابلة بين رضا بنكيران وميلاد دويهي تغوص في تعقيدات التحول من العوالم الدينية إلى الرقمية. ميلاد دويهي، خبير بارز في العلوم الإنسانية الرقمية، يقدم وجهة نظر ملهمة حول التفاعل الدقيق بين هذين المجالين المتطورين. تبدأ المحادثة باستكشاف الحاجة إلى بوصلة داخل المشهد الرقمي المتغير باستمرار. يقدم دويهي مفهوم الإنسانية الرقمية، وهو امتزاج ذكي من العلوم الإنسانية والتكنولوجيا لفهم تعقيدات الخوارزميات من وجهة نظر جديدة. بعد ذلك، يقوم دويهي بالتنقل بين تعقيدات الخوارزميات، مشبكًا بين الجوانب المنطقية-الرياضية والبعد الإنساني. يناقش العلوم الإنسانية الرقمية، وتحليلات الوسائط المؤتمتة، والمأزق الأخلاقية المحيطة بالتحوير البشري. استنادًا إلى تجربته الفريدة في فجر العصر الرقمي، يكشف ميلاد دويهي عن بصيص من التفاؤل الحذر تجاه هذا التحول. معارضًا النماذج الاستريوتيبية البسيطة، يدعو إلى التأمل المعقد فيما يخص مستقبل هذا التحول. في جوهرها، تكشف المقابلة عن التقاطع المثير بين الديني والرقمي، مضاءً بخبرة ميلاد دويهي المستنيرة في مجال العلوم الإنسانية الرقمية.

ميلاد دويهي هو عالم في تاريخ الأديان وحاصل على كرسي الإنسانية الرقمية في جامعة باريس-سوربون (باريس-الرابعة). وهو مؤلف لعدة أعمال منها “تاريخ خبيث لقلب الإنسان” (سويل، 1996)، و”الجنة الأرضية. أساطير وفلسفة” (سويل، 2006)، و”التحول الرقمي الكبير” (سويل، 2008)، و“وحدة اللايمكن مقارنتها” (سويل، 2009)، و“من أجل إنسانية رقمية” (سويل، 2011)، و“ما هو الرقمي؟” (هيرمان، 2013)، و“وحش بين الجيكس” (هيرمان، (2015)

Pandémie : entre États-plateformes et pouvoirs semi-totalitaires. Pierre Lévy

Conversation avec Réda Benkirane, Vidéoconférence, 26 juin 2020,1h33mn
Textes introductifs (français, anglais et arabe) de Hind Aboulazm

Lors d’une interview approfondie, Pierre Lévy et Reda Benkirane ont analysé les retombées de la pandémie de COVID-19 sur les plans économique, politique et communicationnel, mettant en relief l’importance cruciale de la communication numérique dans le contexte de l’ère algorithmique et de la mondialisation.

Pierre Lévy a mis en évidence l’aggravation de l’impact économique de la Chine et les enjeux d’autonomie régionale, en soulignant la concentration du pouvoir politique et l’utilisation des données personnelles à des fins de traçage, avec l’émergence d’une forme de régime semi-totalitaire liant santé publique, gouvernance et surveillance électronique. De son côté, Reda Benkirane a soulevé des interrogations sur la croissance économique sans limites et la surconsommation, illustrées par la mise en pause temporaire de l’économie et l’éventualité d’une réorientation économique majeure.

La discussion s’est focalisée sur la perception de la pandémie, où certains remettaient en question la véracité des effets mortels signalés, mais où tous reconnaissaient les conséquences mentales et sociales du confinement. Les impacts du confinement ont également mis en exergue les inégalités sociales, révélant comment les populations défavorisées vivaient ce confinement comme une contrainte brutale, accentuant ainsi les disparités déjà existantes. La conversation s’est ensuite tournée vers les sociétés sécuritaires, examinant comment la peur pouvait être utilisée comme un outil de mobilisation de masse, ainsi que l’émergence des États plateformes et la montée en puissance des géants technologiques, et suscitant des réflexions sur la redistribution du pouvoir dans la sphère publique. En fin de compte, cette discussion a fourni un aperçu approfondi des répercussions de la pandémie sur des éléments essentiels de la société moderne, ouvrant des pistes de réflexion cruciales pour naviguer dans un monde en pleine mutation, façonné par les interactions complexes entre technologie et société.

Hind Aboulazm

Pierre Lévy, philosophe et sociologue, professeur émérite de l’Université d’Ottawa, Canada, est l’auteur de La Sphère sémantique (Hermès Lavoisier, 2011, The Semantic Sphere 1. Computation, Cognition and the Information Economy, ISTE / Wiley, London and NY, 2011), Cyberdémocratie. Essai de philosophie politique (Éditions Odile Jacob, 2002), Cyberculture (Odile Jacob, 1998), Qu’est-ce que le virtuel ? (La Découverte, 1995), L’intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberspace (La Découverte, 1994), L’idéographie dynamique. Vers une imagination artificielle ? (La Découverte, 1992), De la programmation considérée comme un des beaux-arts (La Découverte, 1992), Les Technologies de l’intelligence (La Découverte, 1990), La Machine univers (La Découverte, 1987). Son blog : pierrelevyblog.com 

_________________________________

In an in-depth interview, Pierre Lévy and Reda Benkirane analyzed the repercussions of the COVID-19 pandemic on economic, political, and communicative levels, highlighting the crucial importance of digital communication within the context of the algorithmic era and globalization. Pierre Lévy underscored the exacerbated economic impact of China and issues of regional autonomy, emphasizing the concentration of political power and the use of personal data for tracking, with the emergence of a semi-totalitarian form of regime intertwining public health, governance, and electronic surveillance. On the other hand, Reda Benkirane raised questions about boundless economic growth and overconsumption, illustrated by the temporary halt of the economy and the potential for major economic reorientation.

The discussion focused on the perception of the pandemic, where some questioned the accuracy of reported fatal effects, yet all acknowledged the mental and social consequences of lockdown. The impacts of confinement also brought to light social inequalities, revealing how disadvantaged populations experienced the lockdown as a harsh constraint, thereby amplifying existing disparities. The conversation then shifted to security-oriented societies, examining how fear could be employed as a tool for mass mobilization, as well as the emergence of platform states and the rising influence of technological giants, prompting reflections on power redistribution in the public sphere. Ultimately, this discussion provided an in-depth insight into the pandemic’s repercussions on vital aspects of modern society, offering crucial avenues for navigating a rapidly changing world shaped by intricate interactions between technology and society.

HA

Pierre Lévy, philosopher and sociologist, emeritus professor at the University of Ottawa, Canada, is author of La Sphère sémantique (Hermès Lavoisier, 2011, The Semantic Sphere 1. Computation, Cognition and the Information Economy, ISTE / Wiley, London and NY, 2011), Cyberdémocratie. Essai de philosophie politique (Éditions Odile Jacob, 2002), Cyberculture (Odile Jacob, 1998), Qu’est-ce que le virtuel ? (La Découverte, 1995), L’intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberspace (La Découverte, 1994), L’idéographie dynamique. Vers une imagination artificielle ? (La Découverte, 1992), De la programmation considérée comme un des beaux-arts (La Découverte, 1992), Les Technologies de l’intelligence (La Découverte, 1990), La Machine univers (La Découverte, 1987). His blog : pierrelevyblog.com 

_________________________________

خلال مقابلة عميقة، قام بيير ليفي ورضا بنكيران بتحليل آثار جائحة كوفيد-19 على الصعيدين الاقتصادي والسياسي والاتصالي، مسلطين الضوء بشكل حاسم على أهمية الاتصال الرقمي ضمن سياق العصر الخوارزمي والعولمة. أكد بيير ليفي التأثير الاقتصادي المتفاقم للصين وقضايا الحكم الذاتي الإقليمي، مشددًا على تركيز السلطة السياسية واستخدام البيانات الشخصية لتتبع الأشخاص، مع ظهور نوع من النظام شبه الاستبدادي يربط بين الصحة العامة والحوكمة والمراقبة الإلكترونية. من ناحية أخرى، أثار رضا بنكيران تساؤلات حول النمو الاقتصادي غير المحدود والاستهلاك المفرط، موضحًا ذلك من خلال توقف مؤقت للاقتصاد واحتمال توجه اقتصادي رئيسي.

تركزت المناقشة على تصور الجائحة، حيث شكك البعض في دقة الآثار المميتة المُبلغ عنها، ولكن الجميع أقروا بالآثار النفسية والاجتماعية للإغلاقات. كما ألقت آثار الحجر الصحي الضوء على الفوارق الاجتماعية، مكشفةً كيف عاشت الفئات المحرومة الإغلاق كقيد قاسٍ، مما عزز الاختلافات الموجودة. ثم انتقلت المحادثة إلى المجتمعات الموجهة نحو الأمان، مُدركةً كيف يمكن استخدام الخوف كأداة للتعبئة الجماعية، فضلاً عن ظهور الدول المنصة وتزايد نفوذ العمالقة التكنولوجيين، مما أثار تأملات حول إعادة توزيع السلطة في المجال العام. في النهاية، قدمت هذه المناقشة رؤية عميقة لتداعيات الجائحة على جوانب حيوية من المجتمع الحديث، مُقدمةً وسائل حاسمة للتنقل في عالم يتغير بسرعة ويشكله التفاعل المعقد بين التكنولوجيا والمجتمع.

بيير ليفي، متخصص في فهم الآثار الثقافية والإدراكية للتقنيات الرقمية، وظاهرة الذكاء الجمعي للإنسان. يحتل مكانة بين الفلاسفة البارزين الذين يتناولون آثار cyberespace والاتصالات الرقمية. قام ليفي بكتابة العديد من الكتب، ترجمت إلى أكثر من 12 لغة وتُدرس على نطاق واسع في الجامعات حول العالم. عمله الأكثر أهمية، الذي نُشر أولاً باللغة الفرنسية في عام 1994 وتُرجم بعد ذلك إلى الإنجليزية، يحمل عنوان “الذكاء الجمعي: عالم الإنسان الناشئ في السيبرسبيس.” واحدة من منشوراته الملحوظة كالتالي:

ليفي بيير، “أعمال وارن ماككولوخ”، في “كاهييه دو كريا”، 7، باريس 1986، صفحات 211-255.

مثيل، “تحليل محتوى أعمال مختبر الحاسوب البيولوجي (BCL)”، في “كاهييه دو كريا”، 8، باريس 1986، صفحات 155-191.

مثيل، “الآلة العالمية: الإبداع والإدراك وثقافة الحاسوب”، لا ديكوفرت، باريس 1987.

 

Un passé qui ne passe pas. Sciences coloniales et islamophobie savante. Olivier Le Cour Grandmaison

Conversation avec Réda Benkirane, vidéoconférence, 14 juillet 2020, 1h31mn.
Textes introductifs (français, anglais et arabe) de Samia Erraji

L’entretien entre Reda Benkirane et Olivier Le Cour Grandmaison explore les liens entre l’histoire coloniale et les problèmes sociopolitiques contemporains en France. Le Cour Grandmaison, bien qu’il ne soit pas historien de formation, a écrit sur la colonisation en tant que phénomène total aux dimensions politiques, historiques et philosophiques. Il souligne la nécessité d’aborder cette question de manière interdisciplinaire pour en saisir la complexité.

Son travail examine notamment Alexis de Tocqueville, la guerre d’Algérie et l’islamophobie à travers l’histoire. Les lois coloniales subsistent aujourd’hui, telles que l’internement administratif, l’état d’urgence, appliqués notamment contre les minorités racisées.

Le passé colonial se reflète dans la mémoire française à travers les noms de rues, les statues glorifiant des figures ayant opprimé les indigènes, en contradiction avec les principes républicains.

Benkirane et Le Cour Grandmaison explorent les similitudes et différences entre les époques coloniale et contemporaine. Le Cour Grandmaison pointe les pratiques policières et la perception des minorités issues de l’immigration postcoloniale, ajoutant des dimensions ethno-raciales et religieuses aux problèmes sociaux.

L’islamophobie trouve ses racines dans le racisme scientifique et l’histoire coloniale. Le Cour Grandmaison contextualise l’émergence du racisme scientifique et comment il fut propagé par des intellectuels influents tels qu’Ernest Renan. Ainsi les représentations négatives de l’islam étaient liées à des notions de stagnation et de menace pour la civilisation européenne.

Une comparaison avec l’antisémitisme est faite, soulignant la tolérance de l’islamophobie dans le discours public. Les rôles des médias et des intellectuels sont évoqués dans la manière dont ils façonnent les perceptions.

L’entretien aborde enfin la nécessité de reconnaître l’histoire coloniale en France pour résoudre les crises identitaires actuelles. La politique de reconnaissance des crimes coloniaux est également discutée, soulignant le manque d’engagement des plus hautes autorités françaises.

Les mouvements actuels de lutte contre le racisme sont évoqués, et un futur projet sur le racisme au pluriel en France est annoncé.

En résumé, l’entretien explore l’influence persistante de l’histoire coloniale sur la société contemporaine française, notamment en ce qui concerne les problèmes de racisme, d’islamophobie et d’identité, tout en examinant les défis et les projets futurs pour un changement significatif.

Samia Erraji

Olivier Le Cour Grandmaison est politologue et enseigne à l’université de Paris-Saclay-Evry-Val d’Essone. Il est l’auteur de Les Citoyennetés en Révolution (1789-1794) (Paris, PUF, 1992), Les Constitutions françaises (Paris, La Découverte, 1996), Haine(s) : Philosophie et politique (Paris, PUF, 2002), Coloniser, exterminer. Sur la guerre et l’État colonial (Paris, Fayard, 2005), La République impériale : politique et racisme d’État (Paris, Fayard, 2009), De l’indigénat. Anatomie d’un « monstre » juridique : le droit colonial en Algérie et dans l’empire français (Paris, Zones/La Découverte, 2010), L’Empire des hygiénistes. Vivre aux colonies (Paris, Fayard, 2014) et « Ennemis mortels ». Représentations de l’islam et politiques musulmanes en France à l’époque coloniale (Paris, La Découverte, 2019).

_________________________________

The interview between Reda Benkirane and Olivier Le Cour Grandmaison explores the connections between colonial history and contemporary socio-political issues in France. Le Cour Grandmaison, though not strictly an historian, has written about colonization as a total phenomenon with political, historical, and philosophical dimensions. He emphasizes the need to approach this topic in an interdisciplinary manner to grasp its complexity.

His work examines Alexis de Tocqueville, the Algerian War, and Islamophobia throughout history. Colonial laws persist today, such as administrative detention and states of emergency, applied particularly against racial minority groups.

The colonial past is reflected in French memory through street names, statues glorifying figures who oppressed natives, contradicting republican principles.

They delve into the similarities and differences between colonial and contemporary eras. Le Cour Grandmaison highlights police practices and the perception of minorities from postcolonial immigration, adding ethno-racial and religious dimensions to social issues.

Islamophobia finds its roots in scientific racism and colonial history. Le Cour Grandmaison contextualizes the emergence of scientific racism and how it was propagated by influential intellectuals. Negative representations of Islam were tied to notions of stagnation and a threat to European civilization.

A comparison with anti-Semitism is made, underscoring the tolerance of Islamophobia in public discourse. The roles of media and intellectuals are discussed in shaping perceptions.

The interview finally addresses the need to acknowledge colonial history in France to resolve current identity crises. The policy of recognizing colonial crimes is also discussed, highlighting the lack of commitment from the highest French authorities.

Current movements combating racism are mentioned, and a future project on pluralistic racism in France is announced.

In summary, the interview explores the persistent influence of colonial history on contemporary French society, particularly concerning issues of racism, Islamophobia, and identity, while examining challenges and future projects for meaningful change.

SE

Olivier Le Cour Grandmaison is a political scientist and teaches at the University of Paris-Saclay-Evry-Val d’Essonne. He is the author of several works, including “Citizenships in Revolution (1789-1794)” (Paris, PUF, 1992), “French Constitutions” (Paris, La Découverte, 1996), “Hatred(s): Philosophy and Politics” (Paris, PUF, 2002), “Colonize, Exterminate: On War and the Colonial State” (Paris, Fayard, 2005), “The Imperial Republic: Politics and State Racism” (Paris, Fayard, 2009), “Of Indigeneity: Anatomy of a ‘Monstrous’ Legal Concept – Colonial Law in Algeria and the French Empire” (Paris, Zones/La Découverte, 2010), “The Empire of Hygienists: Living in the Colonies” (Paris, Fayard, 2014), and “Deadly Enemies: Representations of Islam and Muslim Politics in France During the Colonial Era” (Paris, La Découverte, 2019).

_________________________________


تستكشف المقابلة بين رضا بنكيران وأوليفييه لو كور جراندمايسون الروابط بين التاريخ الاستعماري والقضايا الاجتماعية والسياسية المعاصرة في فرنسا. يكتب لو كور جراندمايسون، على الرغم من أنه ليس مؤرخًا بالمعنى الدقيق، حول الاستعمار كظاهرة شاملة ذات أبعاد سياسية وتاريخية وفلسفية. يشدد على ضرورة التعامل مع هذا الموضوع بطريقة متعددة التخصصات لفهم تعقيده.

الماضي الاستعماري يتجلى في الذاكرة الفرنسية من خلال أسماء الشوارع والتماثيل التي تمجد الشخصيات التي قامت بقمع السكان الأصليين، متناقضة مع مبادئ الجمهورية.

يغوصون في التشابهات والاختلافات بين العصور الاستعمارية والمعاصرة. يسلط لو كور جراندمايسون الضوء على ممارسات الشرطة والتصوّر للأقليات من الهجرة ما بعد الاستعمار، مضيفًا أبعادًا عرقية ودينية إلى القضايا الاجتماعية.

الإسلاموفوبيا تجد جذورها في العنصرية العلمية والتاريخ الاستعماري. يوضح لو كور جراندمايسون سياق ظهور العنصرية العلمية وكيف تم نشرها عن طريق المثقفين المؤثرين. ربطت التصوّرات السلبية للإسلام بمفاهيم الركود والتهديد للحضارة الأوروبية.

يتم إجراء مقارنة مع معاداة السامية، مشددين على التسامح تجاه الإسلاموفوبيا في الخطاب العام. يتم مناقشة أدوار وسائل الإعلام والمثقفين في تشكيل التصورات.

وأخيرًا، تتناول المقابلة الحاجة إلى الاعتراف بالتاريخ الاستعماري في فرنسا لحل أزمات الهوية الحالية. يتم مناقشة سياسة الاعتراف بجرائم الاستعمار أيضًا، مشددين على نقص التزام أعلى السلطات الفرنسية.

يُشار إلى حركات مكافحة العنصرية الحالية، ويُعلن عن مشروع مستقبلي حول العنصرية المتعددة في فرنسا.

في الختام، تستكشف المقابلة التأثير المستمر للتاريخ الاستعماري على المجتمع الفرنسي المعاصر، لا سيما فيما يتعلق بقضايا العنصرية والإسلاموفوبيا والهوية، مع دراسة التحديات والمشاريع المستقبلية من أجل تغيير ذو مغزى.

سامية الراجي

أوليفييه لو كور جراندمايسون هو عالِم سياسة ويُدرِّس في جامعة باريس-ساكلاي-إيفري-فال دي إيسون. وهو مؤلف كتب مثل “المواطنة في الثورة (1789-1794)” (باريس، PUF، 1992(، و”الدساتير الفرنسية” (باريس، لا ديكوفيرت، 1996)، و”الكراهية: فلسفة وسياسة)” باريس، PUF، 2002(، و”استعمار، إبادة. حول الحرب والدولة الاستعمارية” (باريس، فيار، 2005)، و”الجمهورية الإمبراطورية: السياسة والعنصرية الحكومية” (باريس، فيار، 2009)، و”من ذوي النسب: تشريح لـ ‘وحش’ قانوني: القانون الاستعماري في الجزائر والإمبراطورية الفرنسية” (باريس، زون/لا ديكوفيرت، 2010)، و”إمبراطورية المطهِّرين: العيش في المستعمرات” (باريس، فيار، 2014)، و”أعداء مميتون”. تصوُّرات الإسلام وسياسات المسلمين في فرنسا خلال العصر الاستعماري” (باريس، لا ديكوفيرت، 2019).

Beyond Europe: Perspectives on Minorities, Religions & Secular States. Faisal Devji

Conversation with Reda Benkirane. Videoconference, 29 December 2020, 115 minutes
Introductory text by Dada Kehinde

In an insightful interview led by Reda Benkirane, Oxford historian Faisal Devji’s diverse background and academic journey are highlighted. Devji, originating from a migrant trading community with roots in East Africa, travelled from Canada to England, exemplifying exposure to various cultures and nations. His research revolves around the broader Muslim community rather than being limited to Indian and South Asian demographics. Devji consciously maintains a broader perspective on his intellectual pursuits and academic work, as seen in his article “Gesture of Homage,” which explores Tanzania’s political landscape.

Devji’s approach to Postcolonialism and Subaltern studies distinguishes him from his colleagues working on these historical and geographical areas. While his colleagues focus on post-colonial nation-states, Devji’s approach delves into the journey of ideas between people. He sees Subaltern studies as a continuation of anti-colonial nationalism and views it as an evolving concept rather than a static one tied to a particular geography.

In terms of secularism, Devji emphasizes a non-European perspective. He highlights the South Asian viewpoint where secularism entails treating all religious groups equally, fostering harmony among diverse communities, and addressing historical conflicts. Devji’s interpretation resonates with the partition of India and the creation of Pakistan, where separate nations were established to facilitate coexistence of different faiths.

Regarding the role of Muslims in the 21st century, Devji sees them as potential mediators in various contexts. He discusses shifts in India from caste-based issues to religious differences and notes Pakistan’s internal religious variations within Islam. Donevji also points out Islam’s historical role as a connector among various religions, making it a bridge.

The interview delves into the relevance of Mohammed Iqbal’s philosophical work today. Devji highlights Iqbal’s unique perspective, combining Eastern and Western philosophies to redefine modernity as an intellectual concept beyond technological advancement. Iqbal’s insights align with contemporary discussions on technology’s societal impacts, offering valuable analysis of modern dynamics.

In conclusion, the interview with Faisal Devji provides a captivating exploration of his background, research, and perspectives on topics ranging from Postcolonialism to secularism and the role of Muslims in the modern era. His unique insights and approaches contribute to a deeper understanding of these complex subjects.

Dada Kehinde

Faisal Devji is professor of history at the university of Oxford. He is the author of Landscapes of the Jihad: Militancy, Morality, Modernity (Hurst, 2005), The Terrorist in Search of Humanity: Militant Islam and Global Politics (Hurst, 2009), The Impossible India: Gandhi and the Temptation of Violence (Harvard University Press, 2012) and Muslim Zion: Pakistan as a Political Idea (Harvard University Press, 2013). He has coedited Islam after Liberalism (with Zaheer Kazmi, Oxford University Press, 2017) and Political Thought in Action: The Bhagavad Gita and Modern India (with Shruti Kapila, Cambridge University Press, 2013).

_________________________________

Dans une interview menée par Reda Benkirane, le parcours académique diversifié et les antécédents de l’historien d’Oxford, Faisal Devji, sont mis en avant. Devji, originaire d’une communauté de commerçants migrants ayant des racines en Afrique de l’Est, a voyagé du Canada en Angleterre, illustrant ainsi son exposition à diverses cultures et nations. Sa recherche porte sur la communauté musulmane dans son ensemble, plutôt que d’être limitée aux données démographiques indiennes et sud-asiatiques. Devji entretient consciemment une perspective plus large dans ses recherches intellectuelles et son travail académique, comme le montre son article “Geste d’hommage”, qui explore le paysage politique de la Tanzanie.

L’approche de Devji envers le postcolonialisme et les études subalternes le distingue de ses collègues travaillant sur ces domaines historiques et géographiques. Alors que ses collègues se concentrent sur les États-nations postcoloniaux, l’approche de Devji plonge dans le voyage des idées entre les personnes. Il voit les études subalternes comme une continuation du nationalisme anticolonial et les considère comme un concept en évolution plutôt que comme un concept statique lié à une géographie particulière.

En ce qui concerne la laïcité, Devji met l’accent sur une perspective non européenne. Il met en avant le point de vue sud-asiatique selon lequel la laïcité implique de traiter toutes les communautés religieuses de manière égale, de favoriser l’harmonie entre les différentes communautés et de résoudre les conflits historiques. L’interprétation de Devji résonne avec la partition de l’Inde et la création du Pakistan, où des nations séparées ont été établies pour faciliter la coexistence de différentes confessions.

En ce qui concerne le rôle des musulmans au XXIe siècle, Devji les voit comme des médiateurs potentiels dans divers contextes. Il discute des évolutions en Inde, passant des problèmes basés sur la caste aux différences religieuses, et note les variations religieuses internes au sein de l’islam au Pakistan. Devji souligne également le rôle historique de l’islam en tant que lien entre différentes religions, en faisant ainsi un pont.

L’interview explore la pertinence de l’œuvre philosophique de Mohammed Iqbal de nos jours. Devji met en avant la perspective unique d’Iqbal, combinant des philosophies orientales et occidentales pour redéfinir la modernité en tant que concept intellectuel au-delà de l’avancement technologique. Les idées d’Iqbal s’alignent sur les discussions contemporaines sur les impacts sociétaux de la technologie, offrant une analyse précieuse des dynamiques modernes.

En conclusion, l’interview avec Faisal Devji offre une exploration captivante de son parcours, de ses recherches et de ses perspectives sur des sujets allant du postcolonialisme à la laïcité et au rôle des musulmans dans l’ère moderne. Ses idées et approches uniques contribuent à une compréhension plus approfondie de ces sujets complexes.

                                                                                                                                                   DK

Faisal Devji est professeur d’histoire à l’université d’Oxford. Il est l’auteur de Landscapes of the Jihad: Militancy, Morality, Modernity (Hurst, 2005), The Terrorist in Search of Humanity: Militant Islam and Global Politics (Hurst, 2009), The Impossible India: Gandhi and the Temptation of Violence (Harvard University Press, 2012) and Muslim Zion: Pakistan as a Political Idea (Harvard University Press, 2013). He has coedited Islam after Liberalism (with Zaheer Kazmi, Oxford University Press, 2017) et Political Thought in Action: The Bhagavad Gita and Modern India (with Shruti Kapila, Cambridge University Press, 2013).

_________________________________

في مقابلة أجراها رضا بنكيرين ، تم تسليط الضوء على الخلفية الأكاديمية المتنوعة لعالم التاريخ في أكسفورد فيصل ديفجي. ديفجي ، الذي ينحدر من مجتمع تجاري مهاجر له جذور في شرق إفريقيا ، سافر من كندا إلى إنجلترا ، مما يجسد التعرض لمختلف الثقافات والأمم. تدور أبحاثه حول المجتمع المسلم الأوسع بدلاً من أن تقتصر على التركيبة السكانية الهندية وجنوب آسيوية. يحافظ ديفجي بوعي على منظور أوسع في سعيه الفكري وعمله الأكاديمي ، كما هو موضح في مقاله بعنوان “لفتة التحية”، يتم استكشاف المشهد السياسي في تنزانيا.

نهج ديفجي فيما يتعلق بما بعد الاستعمار والدراسات الفرعية يميزه عن زملائه الذين يعملون في هذه المجالات التاريخية والجغرافية. بينما يركز زملائه على الدول القومية ما بعد الاستعمار ، فإن نهج ديفجي يركز على رحلة الأفكار بين الناس. يرى دراسات المهمشين كاستمرار للقومية المناهضة للاستعمار وينظر إليها على أنها مفهوم متطور بدلاً من مفهوم ثابت مرتبط بموقع جغرافي معين.

اما فيما يتعلق بمسألة العلمانية، يُسلط ديفجي الضوء على منظور غير أوروبي. إنه يسلط الضوء على وجهة نظر جنوب آسيوية ترى أن العلمانية تتضمن معاملة جميع الطوائف الدينية بالمساواة، وتشجيع التناغم بين مختلف الطوائف، وحل الصراعات التاريخية.

بالنسبة لدور المسلمين في القرن الواحد والعشرين، يرى ديفجي أنهم يمكن أن يكونوا وسطاء محتملين في سياقات متنوعة. يناقش تطورات في الهند، حيث تحولت المسائل من مسائل تتعلق بالطبقات إلى قضايا دينية، ويسجل التباينات الدينية الداخلية في الإسلام بباكستان. كما يسلط ديفجي الضوء على الدور التاريخي للإسلام كوسيط بين مختلف الأديان، مما يجعله جسراً بينها.

هذا اللقاء يستكشف جدوى العمل الفلسفي لمحمد إقبال في الوقت الحاضر. يبرز ديفجي في هذا السياق الرؤية الفريدة لإقبال، حيث يجمع بين الفلسفات الشرقية والغربية لإعادة تعريف الحداثة كمفهوم فكري يتجاوز التقدم التكنولوجي. تتماشى أفكار إقبال مع المناقشات المعاصرة حول تأثيرات التكنولوجيا على المجتمع، مما يقدم تحليلاً قيمًا للديناميات الحديثة.

في الختام ، توفر المقابلة مع فيصل ديفجي استكشافًا آسرًا لخلفيته وأبحاثه ورؤيته حول موضوعات تتراوح من ما بعد الاستعمار إلى العلمانية ودور المسلمين في العصر الحديث. تساهم رؤاه الفريدة ونهجها في فهم أعمق لهذه الموضوعات المعقدة.

ترجمة: سامية الراجي

فيصل ديفجي، وُلِدَ في عام 1964، هو أستاذ في تاريخ الهند في جامعة أكسفورد. اشتُهِر بعمله في مجال الحداثة والإسلام والعنف. تتناول الأبحاث التاريخية لديفجي في كثير من الأحيان تداخلات السياسة والدين والعولمة، مع التركيز الخاص على المجتمعات المسلمة. هو مؤلف كتاب “مناظر الجهاد: النشاط العسكري، والأخلاق، والحداثة” (هيرست، 2005)، وكتاب “الإرهابي في بحث عن الإنسانية: الإسلام المتشدد والسياسة العالمية” (هيرست، 2009)، وكتاب “الهند المستحيلة: غاندي وإغراء العنف” (مطبعة جامعة هارفارد، 2012)، وكتاب “صهيون المسلم: باكستان كفكرة سياسية” (مطبعة جامعة هارفارد، 2013). كما شارك في تحرير كتاب “الإسلام بعد الليبرالية” (بالاشتراك مع ظهير كاظمي، مطبعة جامعة أكسفورد، 2017) وكتاب “الفكر السياسي في العمل: بهاغافاد غيتا والهند الحديثة” (بالاشتراك مع شروتي كابيلا، مطبعة جامعة كامبريدج، 2013). يمكنكم معرفة المزيد عنه عبر زيارة الرابط التالي:

https://www.sant.ox.ac.uk/people/faisal-devji

Un centenaire éclairé: André de Peretti, polytechnicien et homme de lettres

L’histoire de vie d’André de Peretti réunit ses souvenirs d’enfance à Rabat et ses expériences pendant la guerre, tout en illustrant son attachement à l’ouverture aux autres. Après avoir évoqué ses années d’études et sa mobilisation pendant la guerre, le polytechnicien écrivain partage son vécu en tant que prisonnier et sa libération. Il relate sa rencontre avec le scientifique et homme de religion Teilhard de Chardin, les interactions avec les soldats allemands, les conditions de vie en captivité, et sa participation à des activités artistiques. Après sa libération, il s’implique dans l’accueil des rapatriés.

André de Peretti poursuit son récit de vie par son engagement politique et social. Il évoque son rôle aux côtés de Louis Massignon dans la préparation de l’indépendance du Maroc, son implication dans des négociations politiques et sa collaboration avec des personnalités telles que Robert Schuman pour favoriser les relations interculturelles. Engagé dans le Réseau Intelligence de la Complexité avec Edgar Morin et Jean-Louis Le Moigne, le penseur  aborde également l’impact des avancées technologiques, notamment l’utilisation croissante des appareils électroniques, tout en soulignant les enjeux éthiques et sociaux associés.

En conclusion, André de Peretti partage son optimisme pour l’avenir de l’humanité, en aspirant à une unité harmonieuse malgré les différences. Cet entretien offre un panorama riche de la vie et des engagements d’André de Peretti, mettant en lumière son parcours personnel et son dévouement envers des valeurs humanistes et sociales.

Samia Erraji

André de Peretti, né en 1916 à Rabat, au Maroc, était une figure intellectuelle en France. Polytechnicien ayant participé à la Seconde Guerre mondiale, il a par la suite œuvré dans les sciences de l’éducation et promu la compréhension interculturelle. André de Peretti a au sein du gouvernement français activement soutenu et préparé l’indépendance du Maroc, il fut l’ami du roi Mohamed V et a collaboré avec des politiciens éminents. André de Peretti est décédé en 2017, laissant derrière lui un héritage d’engagement social et d’échange intellectuel. 

André de Peretti , polytechnicien, pédagogue et homme de lettres français, est l’auteur de très nombreux ouvrages dont les plus récents : Le sens du sens (éd. Hermes Lavoisier, 2011), La double hélice des civilisations : le parti pris de l’optimisme (éd. Chronique sociale, 2015), et Hymne à la création (éd. Chronique sociale, 2017).

_________________________________

The life story of André de Peretti brings together his childhood memories in Rabat and his wartime experiences, while illustrating his commitment to openness towards others. After recounting his years of study and his engagement during the war, the Polytechnic-educated writer shares his experiences as a prisoner and his subsequent liberation. He describes his encounter with the scientist and theologian Teilhard de Chardin, interactions with German soldiers, living conditions in captivity, and his involvement in artistic activities. Following his release, he became active in welcoming repatriates.

André de Peretti continues his life story by delving into his political and social engagement. He discusses his role alongside Louis Massignon in preparing for Morocco’s independence, his involvement in political negotiations, and his collaboration with figures such as Robert Schuman to promote intercultural relations. Engaged in the Intelligence of Complexity Network with Edgar Morin and Jean-Louis Le Moigne, the thinker also addresses the impact of technological advancements, including the growing use of electronic devices, while emphasizing the ethical and social issues associated with them.

In conclusion, André de Peretti shares his optimism for the future of humanity, aspiring towards harmonious unity despite differences. This interview provides a rich panorama of André de Peretti’s life and commitments, highlighting his personal journey and dedication to humanistic and social values.

SE

Born in 1916 in Rabat, Morocco, André de Peretti, was a French intellectual. A graduate from Polytechnique who participated in World War II, he later worked in the field of education and promoted intercultural understanding. Within the French government, André de Peretti actively supported and prepared for Morocco’s independence. He was a friend of King Mohamed V and collaborated with prominent politicians. André de Peretti passed away in 2017, leaving behind a legacy of social commitment and intellectual exchange.

 French Polytechnician, educator, and man of letters, André de Peretti Authored numerous works including the most recent: Le sens du sens (éd. Hermes Lavoisier, 2011), La double hélice des civilisations : le parti pris de l’optimisme (éd. Chronique sociale, 2015), and Hymne à la création (éd. Chronique sociale, 2017).

_________________________________

قصة حياة أندريه دي بيريتي تجمع بين ذكريات طفولته في الرباط وتجاربه خلال الحرب، مع توضيح التزامه بالانفتاح على الآخرين. بعد أن استعرض سنوات دراسته وتجنيده خلال الحرب، يشارك الكاتب المهندس من مدرسة بوليتيكنيك تجربته كأسير وتحريره. يصف لقاءه مع العالِم والرجل الدين تيار دو شاردان، والتفاعلات مع الجنود الألمان، وظروف الحياة في الأسر، ومشاركته في الأنشطة الفنية.بالاضافة الى مشاركته في الترحيب بالعائدين بعد إطلاق سراحه.

يستمر أندريه دي بيريتي في سرد قصة حياته من خلال التعمق في مشاركته السياسية والاجتماعية. يناقش دوره إلى جانب لوي ماسينيون في التحضير لاستقلال المغرب، ومشاركته في المفاوضات السياسية، وتعاونه مع شخصيات مثل روبرت شومان لتعزيز العلاقات بين الثقافات. مشاركًا في شبكة ذكاء التعقيد مع إدغار موران وجان-لوي لو موين، يتناول الفيلسوف أيضًا تأثير التقدم التكنولوجي، بما في ذلك الاستخدام المتزايد للأجهزة الإلكترونية، مع التأكيد على القضايا الأخلاقية والاجتماعية المرتبطة بها.

في الختام، يشارك أندريه دي بيريتي تفاؤله بمستقبل الإنسانية، طامحًا إلى وحدة متناغمة على الرغم من الاختلافات. تقدم هذه المقابلة منظرًا غنيًا لحياة والتزامات أندريه دي بيريتي، مسلطة الضوء على مساره الشخصي وتفانيه في القيم الإنسانية والاجتماعية.

سامية الراجي

أندريه دي بيريتي، وُلد في عام 1916 في الرباط بالمغرب، كان أحد أهم المفكرين في فرنسا. كان مهندساً من مدرسة بوليتيكنيك شارك في الحرب العالمية الثانية، ثم عمل في ميدان التعليم وشجع على التفاهم بين الثقافات المختلفة. ضمن حكومة فرنسا، دعم أندريه دي بيريتي بنشاط وشارك في تحضير استقلال المغرب. كان صديقاً للملك محمد الخامس وتعاون مع سياسيين بارزين. توفي أندريه دي بيريتي في عام 2017، تاركاً وراءه إرثاً من التزام اجتماعي وتبادل فكري. أندريه دي بيريتي، المهندس من مدرسة بوليتيكنيك، المعلم، ومن خيرة الأدباء الفرنسيين، هو مؤلف للعديد من الأعمال أحدثها: “Le sens du sens”، نشرها هيرميس لافوازييه، 2011، “La double hélice des civilisations : le parti pris de l’optimisme”، نشرها شرونيك سوسيال، 2015، و”Hymne à la création”، نشرها شرونيك سوسيال، 2017

Hasard quantique. Expériences et conjectures, conversation avec Nicolas Gisin

Entretien mené par Reda Benkirane
Ecole de physique, université de Genève, 1er novembre 2022
Textes introductifs (français, anglais et arabe) de Samia Erraji

Dans leur entretien, Reda Benkirane et Nicolas Gisin abordent un large éventail de sujets liés à la physique quantique et à la compréhension de la réalité. Ils discutent des contributions significatives de Nicolas Gisin à ce domaine, ainsi que des implications concrètes de la manipulation d’objets individuels tels que les photons et les atomes, notamment dans la cryptographie quantique et la production de nombres aléatoires quantiques. La première partie de l’entretien met en évidence les deux révolutions de la physique quantique, la première ayant introduit les concepts fondamentaux et la seconde ayant généré des applications tangibles comme la cryptographie quantique et l’ordinateur quantique. L’entretien souligne également le potentiel des applications, allant des capteurs quantiques à l’importance de la protection des informations confidentielles dans la société actuelle.

La conversation s’oriente vers les inégalités de Bell et la notion de non-localité dans la physique quantique. Les travaux du physicien John Bell sont explorés, mettant en évidence les implications révolutionnaires de ses inégalités pour la compréhension des corrélations entre objets distants, remettant en question les conceptions classiques. 

Les débats se poursuivent autour de la notion de hasard quantique et de sa nature. Nicolas Gisin distingue le “vrai hasard” de la notion commune, expliquant que le hasard quantique est intrinsèquement imprévisible, mais repose sur des lois de probabilité précises et calculables. La discussion aborde également les variables cachées et leur pertinence pour une description complète de la réalité.

L’entretien se conclut par une réflexion sur la perspective d’une description déterministe de la réalité et l’importance d’envisager un futur ouvert plutôt qu’une explication réductrice de notre existence. L’ensemble de l’entretien met en lumière la complexité et les implications philosophiques de la physique quantique, tant du point de vue conceptuel que pratique.

Samia Erraji

Nicolas Gisin est un physicien suisse ayant apporté d’importantes contributions dans le domaine de l’information et de la communication quantiques. Né en 1952 à Genève, Gisin est devenu une figure majeure dans l’exploration et l’exploitation des principes quantiques. 

L’une des contributions notables de Gisin est son travail sur l’entrelacement quantique, un phénomène qu’Albert Einstein a décrit comme “une action effrayante à distance”. 

Gisin a reçu plusieurs distinctions prestigieuses pour ses contributions dans le domaine de la physique quantique. Il s’est notamment vu décerner en 2009 le prestigieux prix John Bell pour ses expériences ayant confirmé la violation des inégalités de Bell. 

Nicolas Gisin est l’auteur du livre L’impensable Hasard : Non-localité, téléportation et autres merveilles quantiques (Odile Jacob, 2014).

_________________________________

In their conversation, Reda Benkirane and Nicolas Gisin discuss a wide range of topics related to quantum physics and the understanding of reality. They delve into Nicolas Gisin’s significant contributions to this field, as well as the tangible implications of manipulating individual objects such as photons and atoms, particularly in quantum cryptography and the production of quantum random numbers. The first part of the interview highlights the two revolutions in quantum physics, the first one having introduced fundamental concepts and the second having generated tangible applications like quantum cryptography and quantum computing. The discussion also emphasizes the potential of applications, ranging from quantum sensors to the importance of safeguarding confidential information in today’s society.

The conversation shifts towards Bell inequalities and the concept of non-locality in quantum physics. The works of physicist John Bell are explored, shedding light on the revolutionary implications of his inequalities for understanding correlations between distant entities, challenging classical beliefs.

Discussions continue around the concept of quantum randomness and its nature. Nicolas Gisin distinguishes “true randomness” from the everyday and common notion, explaining that quantum randomness is inherently unpredictable but based on precise and calculable probability laws. The conversation also addresses hidden variables and their relevance to a complete description of reality.

The interview concludes with a reflection on the possibility of a deterministic description of reality and the importance of envisioning an open future rather than a reductionist explanation of our existence. The interview highlights the complexity and philosophical implications of quantum physics, both conceptually and practically.

 S.E.

Nicolas Gisin is a Swiss physicist with significant contributions to the field of quantum information and communication. Born in 1952, in Geneva, Gisin has become a leading figure in the exploration and the use of quantum principles.

One of Gisin’s notable contributions is his work on quantum entanglement, a phenomenon that Albert Einstein described as a “spooky action at a distance.”

Gisin has received several prestigious awards and honors for his contributions to the field of quantum physics. Notably, he was awarded in 2009 the prestigious John Bell Prize for his experiments that confirmed the violation of Bell inequalities.

Nicolas Gisin authored the book Quantum Chance: Nonlocality, Teleportation and Other Quantum Marvels (Springer, 2014).

_________________________________

في مقابلتهما، يناقش رضا بنكيران ونيكولاس جيسين مجموعة من المواضيع المتعلقة بالفيزياء الكمية وفهم الواقع. إذ تمحور حديثهما حول مساهمات نيكولاس جيسين المهمة في هذا المجال، بالإضافة إلى الآثار الملموسة للتلاعب بالجزيئات الفردية مثل الفوتونات والذرات، وخاصة في علم التشفير الكمي وإنتاج أعداد عشوائية كمية. خلال الجزء الأول من المقابلة تم تسليط الضوء على ثورتي الفيزياء الكمية، الأولى تقدم المفاهيم الأساسية والثانية تولد تطبيقات ملموسة مثل علم التشفير الكمي والحاسوب الكمي. تناولت المقابلة أيضًا إمكانيات التطبيقات، بدءًا من مستشعرات الكم وصولًا إلى أهمية حماية المعلومات السرية في المجتمع الحالي.

اتخذت المحادثة منعطفا نحو عدم الموضوعية في مجال الفيزياء الكمية. يتم استكشاف أعمال الفيزيائي جون بيل وتسليط الضوء على آثار مفهوم العدم الموضوعي في فهم الارتباطات بين الأجسام البعيدة، مما يشكك في الاعتقادات التقليدية.

المناقشات تستمر حول مفهوم الصدفة الكمية وطبيعتها. يميز نيكولاس جيسين بين “الصدفة الحقيقية” المفهوم الشائع ، مشيرًا إلى أن الصدفة الكمية لا يمكن تنبؤها بشكل أساسي، ولكنها تعتمد على قوانين الاحتمالات الدقيقة القابلة للحساب.

يُختتم الحوار بتفكير حول إمكانية وجود وصف محدد للواقع، وأهمية التفكير في مستقبل مفتوح بدلاً من تفسير مقيد لوجودنا، وكذلك التعقيد والآثار الفلسفية للفيزياء الكمية، سواء من الناحية المفاهيمية أو العملية.

سامية الراجي

نيكولاس جيسان هو فيزيائي سويسري قدم مساهمات كبيرة في مجال معلومات واتصالات الكم. وُلد في عام 1952 في جنيف، وأصبح شخصية رائدة في استكشاف مبادئ الكم.

واحدة من المساهمات الملحوظة لجيسان هي عمله في التشابك الكمي، وهو ظاهرة أشار إليها  العالِم ألبرت أينشتاين ب ” spooky action at a distance”.

حاز جيسان على عدة جوائز وتكريمات مرموقة لمساهماته في ميدان الفيزياء الكمية, في عام 2009   حصل على جائزة جون بيل العريقة عن تجاربه التي أكدت انتهاك متباينات بيل.

ألف نيكولاس جيسان كتاب :

Quantum Chance: Nonlocality, Teleportation and Other Quantum Marvels (Springer, 2014).

David Napier, Emergence and Self-Organization

UM6P, 22 February 2023, 24mn 

Introductory texts (English, French and Arabic) by Hind Aboulazm 
Drawing by Sophie Lenormand

 

David Napier, a professor of Medical Anthropology at the University College of London and director of its Science, Medicine, and Society Network, has a deep interest in immunological diversity and complexity. He explores how the immune system functions to support human existence in different environments and highlights the emergent properties it exhibits.

The foundation of modern immunology was laid by Peter Medawar and Macfarlane Burnet, Nobel Prize winners in Medicine in 1960, who revealed insights into immunity and its workings. They introduced the concept of the immune system being composed of antigens and antibodies.

The complexity of the immune system posed challenges due to its generation of multiple random forms of diversity, which could seemingly be unnecessary and eventually lead to their elimination. Additionally, the vast number of antibodies created by the human immune system raised questions about their purpose in response to comparatively few evident threats.

In his book The Age of Immunology written in 2003, Napier challenged the conventional interpretation of the immunological repertoire, suggesting that viruses, as mere fragments of information, may not always have an immediate impact on the human body.

He proposed that the immune system acts more like a search engine for differences, and viruses are akin to books in a library that gain significance when shared and reinterpreted in social settings. Less lethal viruses like Covid-19 can endure and spread due to their robust social presence.

During the Covid-19 pandemic, some blind spots emerged in understanding viruses as infectious agents. For instance, the virus existed in various locations simultaneously before causing outbreaks, prompting questions about its differing impact. Additionally, the focus on medicalizing the pandemic, by categorizing vulnerable populations solely based on biological factors, overlooked other significant social aspects that affected its spread.

Napier emphasizes the importance of considering the complex interplay between biology, environment, and social values in comprehending and managing pandemics. This broader perspective is essential for identifying the sources and drivers of new pandemics and addressing their public impact effectively.

Hind Aboulazm

David Napier holds the position of a professor specializing in Medical Anthropology at University College London. He also serves as the Director of the University’s Centre for Applied Global Citizenship and is at the helm of its Science, Medicine, and Society Network. Starting in 2013, he has assumed the role of the Global Academic Lead for the Cities Changing Diabetes Program, a collaborative effort spanning various sectors that aims to investigate and mitigate the increase in cases of Type-2 diabetes within urban centers across the globe. He is the author in particular of Age of Immunology – Conceiving a Future in an Alienating World (2003) and Making Things Better: A Workbook on Ritual, Cultural Values, and Environmental Behavior (2013).

_________________________________

David Napier, professeur d’anthropologie médicale à l’University College de Londres et directeur de son Réseau Science, Médecine et Société, manifeste un vif intérêt pour la diversité et la complexité immunologiques. Il explore le fonctionnement du système immunitaire pour soutenir l’existence humaine dans différents environnements et met en lumière les propriétés émergentes qu’il présente.

Les fondements de l’immunologie moderne ont été posés par Peter Medawar et Macfarlane Burnet, lauréats du prix Nobel de médecine en 1960, qui ont révélé des éclairages sur l’immunité et son fonctionnement. Ils ont introduit le concept du système immunitaire composé d’antigènes et d’anticorps.

La complexité du système immunitaire a posé des défis en raison de sa génération de multiples formes aléatoires de diversité, qui pourraient sembler inutiles et éventuellement conduire à leur élimination. De plus, le grand nombre d’anticorps créés par le système immunitaire humain a soulevé des questions sur leur but en réponse à des menaces comparativement peu évidentes.

Dans son livre L’Âge de l’Immunologie écrit en 2003, Napier a remis en question l’interprétation conventionnelle du répertoire immunologique, suggérant que les virus, en tant que simples fragments d’information, n’ont peut-être pas toujours un impact immédiat sur le corps humain.

Il a proposé que le système immunitaire agisse davantage comme un moteur de recherche de différences, et que les virus soient semblables à des livres dans une bibliothèque qui acquièrent de l’importance lorsqu’ils sont partagés et réinterprétés dans des contextes sociaux. Des virus moins létaux comme le Covid-19 peuvent perdurer et se propager en raison de leur présence sociale robuste.

Pendant la pandémie de Covid-19, certaines zones d’ombre sont apparues dans la compréhension des virus en tant qu’agents infectieux. Par exemple, le virus existait simultanément dans diverses localisations avant de provoquer des épidémies, suscitant des questions sur son impact différencié. De plus, l’accent mis sur la médicalisation de la pandémie, en catégorisant les populations vulnérables uniquement en fonction de facteurs biologiques, a négligé d’autres aspects sociaux importants qui ont influencé sa propagation.

Napier insiste sur l’importance de prendre en compte l’interaction complexe entre la biologie, l’environnement et les valeurs sociales pour comprendre et gérer les pandémies. Cette perspective plus large est essentielle pour identifier les sources et les moteurs de nouvelles pandémies et pour aborder efficacement leur impact sur le public.

H.A.

David Napier est professeur spécialisé en anthropologie médicale à l’University College de Londres. Il est également directeur du Centre de l’Université pour la Citoyenneté Globale Appliquée et est à la tête de son Réseau Science, Médecine et Société. À partir de 2013, il a assumé le rôle de responsable académique mondial du Programme Villes en Mutation face au Diabète, une collaboration intersectorielle visant à étudier et atténuer l’augmentation des cas de diabète de type 2 au sein des centres urbains à travers le monde.

_________________________________

ديفيد نابيه، أستاذ في الأنثروبولوجيا الطبية في كلية جامعة لندن ومدير شبكتها للعلوم والطب والمجتمع، يظهر اهتمامًا عميقًا بالتنوع والتعقيد المناعي. يستكشف كيفية عمل الجهاز المناعي لدعم وجود الإنسان في بيئات مختلفة ويسلط الضوء على الخصائص الناشئة التي يظهرها.

تم وضع أسس علم المناعة الحديث من قبل بيتر ميداور وماكفارلين بيرنيت، الفائزين بجائزة نوبل في الطب عام 1960، الذين كشفوا عن رؤى حول الحصانة وعملها. قدموا مفهوم أن الجهاز المناعي مكون من مستضدات وأجسام مضادة.

في كتابه عصر المناعة الذي كتبه في عام 2003، تحدى نابيه التفسير التقليدي للمجموعة المناعية، مشيرًا إلى أن الفيروسات، بوصفها مجرد شظايا من المعلومات، قد لا تكون لها دائمًا تأثيرًا فوريًا على الجسم البشري.

اقترح أن الجهاز المناعي يتصرف بشكل أكثر تشبهًا بمحرك بحث للفروق، وأن الفيروسات تشبه الكتب في مكتبة تكتسب أهمية عند مشاركتها وإعادة تفسيرها في السياقات الاجتماعية. يمكن للفيروسات ذات القوة القتالية الضعيفة مثل كوفيد-19 أن تستمر وتنتشر بسبب وجودها الاجتماعي القوي.

خلال جائحة كوفيد-19، ظهرت بعض النقاط العمياء في فهم الفيروسات كعوامل معدية. على سبيل المثال، كان الفيروس موجودًا في مواقع متعددة في نفس الوقت قبل أن يسبب تفشيات، مما أثار أسئلة حول تأثيره المختلف. بالإضافة إلى ذلك، التركيز على تطبيب الجائحة من خلال تصنيف السكان الضعفاء استنادًا فقط إلى العوامل البيولوجية تجاهل جوانب اجتماعية أخرى مهمة أثرت على انتشارها.

يؤكد نابيه على أهمية النظر في التداخل المعقد بين الأحياء والبيئة والقيم الاجتماعية في فهم وإدارة الجوانب العامة للأوبئة. هذه النظرة العريضة ضرورية لتحديد مصادر ودوافع الأوبئة الجديدة ومعالجة تأثيرها العام بفعالية.

هند ابوالعزم

ديفيد نابيي يشغل منصب أستاذ متخصص في الأنثروبولوجيا الطبية في كلية الجامعة في لندن. كما أنه يشغل أيضًا منصب مدير مركز الجامعة للمواطنة العالمية التطبيقية ويقود شبكتها للعلوم والطب والمجتمع. بداية من العام 2013، تسلم مهمة القيادة الأكاديمية العالمية لبرنامج تغيير مدن السكري، وهو مبادرة تعاونية تمتد عبر مجموعة متنوعة من القطاعات، تهدف إلى استقصاء وتقليل انتشار حالات السكري من النوع الثاني في مراكز الحضر حول العالم.

Francis Heylighen, Emergence and Self-Organization 

 UM6P, 22 February 2023, 31mn 

Introductory texts (English, French and Arabic) by Samia Erraji
Drawing by Sophie Lenormand

The presentation by Francis Heylighen discusses the concepts of emergence and self-organization in complex systems. The cyberneticist aims to demystify these terms and shows that they are simple and natural processes. He compares reductionist science, where complex systems are understood by analyzing their individual components, with the holistic approach of emergence, where novel and creative properties emerge at higher levels of complexity.

Emergence occurs when certain new traits arise in complex systems that cannot be explained by merely summing up the properties of individual components. These emergent properties are often unexpected and creative. Heylighen provides examples, such as the maximum speed of a car, to demonstrate emergence as a property resulting from the interaction of various components like the tires, engine, and seat.

Francis Heylighen defines properties in science as observable and measurable characteristics that can be studied through experiments with inputs and outputs. Emergence happens when systems, composed of interconnected components, stabilize into attractors, which are stable configurations in the system’s state space. Self-organization is described as the emergence of global order from local interactions, where components mutually adapt and coordinate themselves without external guidance.

Self-organization is illustrated through examples like materials spontaneously magnetizing and dissipative structures, which are self-organized systems with ongoing flows of energy and materials. Francis Heylighen emphasizes that emergence and self-organization are simple and fundamental processes that lead to creative and unexpected outcomes in complex systems. He concludes that emergence through self-organization is a natural process observed everywhere in nature and society, without the need for mystical or supernatural explanations.

Samia Erraji

Francis Heylighen, born in 1960,  is a Belgian researcher in artificial intelligence, philosophy, and social sciences. Heylighen is considered one of the leading researchers in the study of complex systems, self-improvement, and network science. He is a professor at the Free University of Brussels (Vrije Universiteit Brussel), where he directs the Center Leo Apostle, and the associated research group Evolution, Complexity, and Cognition. He is also affiliated with the Department of History, Art, and Philosophy (HARP), where he teaches in the program on philosophy and ethics (FILO). He has long been an editor of the Principia Cybernetica Project, an international organization for the collaborative development of an evolutionary-systematic philosophy. Francis Heylighen is the author of several books including The Evolution of Complexity: The Violet Book of `Einstein Meets Magritte’ (Springer, 2010).

_________________________________

La présentation aborde les concepts d’émergence et d’auto-organisation dans les systèmes complexes. Francis Heylighen cherche à démystifier ces termes et montre qu’ils sont des processus simples et naturels. Il compare la science réductionniste, où les systèmes complexes sont compris en analysant leurs composants individuels, à l’approche holistique de l’émergence, où des propriétés nouvelles et créatives émergent à des niveaux plus élevés de complexité.

L’émergence de propriétés dans les systèmes complexes se produit lorsque certaines caractéristiques nouvelles se manifestent et ne peuvent pas être expliquées en additionnant simplement les propriétés des composants individuels. Ces propriétés émergentes sont souvent inattendues et créatives. Le cybernéticien donne des exemples comme la vitesse maximale d’une voiture, qui est une propriété émergente résultant de l’interaction de différents composants tels que les pneus, le moteur et le siège.

Francis Heylighen définit les propriétés en science comme des traits observables et mesurables qui peuvent être étudiés à l’aide d’expériences avec des entrées et des sorties. L’émergence survient lorsque des systèmes, composés de composants interconnectés, se stabilisent dans des attracteurs, qui sont des configurations stables dans l’espace des états du système. Le processus d’auto-organisation est décrit comme l’émergence d’un ordre global à partir d’interactions locales, où les composants s’adaptent mutuellement et se coordonnent sans direction externe.


L’auto-organisation est illustrée par des exemples tels que des matériaux s’aimantent spontanément et des structures dissipatives, qui sont des systèmes auto-organisés avec des flux constants d’énergie et de matériaux. Au cours de son exposé, Francis Heylighen insiste sur le fait que l’émergence et l’auto-organisation sont des processus simples et fondamentaux qui conduisent à des résultats créatifs et inattendus dans les systèmes complexes. Enfin, il conclut en affirmant que l’émergence par auto-organisation est un processus naturel que l’on peut observer partout dans la nature et dans la société, sans avoir besoin d’explications mystiques ou surnaturelles.

S.E.

Francis Heylighen, né en 1960, est un chercheur belge en intelligence artificielle, en philosophie et en sciences sociales. Il est professeur à l’Université Libre de Bruxelles (Vrije Universiteit Brussel), où il dirige le Centre Léo Apostel et le groupe de recherche associé Évolution, Complexité et Cognition. Il est également affilié au Département d’Histoire, d’Art et de Philosophie (HARP), où il enseigne dans le programme de philosophie et d’éthique (FILO). Il a été pendant longtemps éditeur du Projet Principia Cybernetica, une organisation internationale pour le développement collaboratif d’une philosophie évolutive-systémique. Francis Heylighen est l’auteur de plusieurs livres dont notamment The Evolution of Complexity: The Violet Book of `Einstein Meets Magritte’ (Springer, 2010).

_________________________________

تسلط المحاضرة الضوء على مفاهيم التأثر والتنظيم الذاتي في الأنظمة المعقّدة. يهدف فرانسيس هايليغين إلى تبسيط هذه المفاهيم وإظهار أنّ التأثر والتنظيم الذاتي هما عمليتان بسيطتان وطبيعيتان. يقارن العلم التحليلي (التقليدي) مع النهج الشمولي (المعقّد)، حيث يهدف التحليلي إلى تفكيك الأنظمة المعقّدة إلى مكوّناتها وفهمها، بينما يتطلب النهج الشمولي النظر للأنظمة ككل والتركيز على التأثيرات التي لا يمكن تفسيرها بسهولة من خلال مكوّناتها الفردية.

تظهر خواص ناشئة في الأنظمة المعقّدة عندما تظهر خصائص جديدة لا يمكن تفسيرها بتجميع خصائص المكوّنات الفردية. الخصائص الناشئة هي الخصائص الجديدة التي تظهر عند مستوى أعلى من التعقيد، وهي غالباً ما تكون غير متوقّعة وإبداعية. ومن أمثلة ذلك سرعة السيارة القصوى، التي تعتبر خاصية ناشئة لأنها لا تمكن تفسيرها من خلال الخصائص الفردية لمكوّنات السيارة.

يقوم فرانسيس هايليغين بتعريف الخصائص في العلم على أنها علاقات بين المدخلات (ما يتم فعله للنظام) والنواتج (كيف يتفاعل النظام). ونظراً لأن الأنظمة تتكون من مكوّنات مرتبطة، فإنها تظهر علاقات (مدخل-ناتج) مختلفة عن المكوّنات الفردية، مما يؤدي إلى ظهور الخصائص الناشئة.

تتشكّل الأنظمة (الثقوب) عن طريق التنظيم الذاتي، وهو عملية بسيطة وشائعة تُرصد في الطبيعة والمجتمعات. التنظيم الذاتي يحدث عندما تخضع النظم للتغيّر، سواء كان هذا التغيّر قد حدث بشكل محدّد أو بشكل عشوائي. وبعد فترة من الزمن، ينتقل النظام إلى تكوين مستقر نسبياً يُعرف بالجاذب، حيث يصبح النظام مقيّداً وقد فقد بعض حرّيته الداخلية. وبالتالي، تتشكّل الارتباطات بين المكوّنات وتظهر الخصائص الناشئة كنتيجة للتكيّف المتبادل بين المكوّنات.

ختاما يؤكد الباحث أنّ التأثر والتنظيم الذاتي هما عمليتان بسيطتان أساسيتان تنتجان نتائج إبداعية وغير متوقّعة في الأنظمة المعقّدة، ولا يلزم لهما تفسيرات غامضة أو خارقة للطبيعة.

سامية الراجي

فرانسيس هايليغين وُلد سنة 1960 ، هو عالم بلجيكي في مجال الذكاء الاصطناعي وعلم المعقّدات ، هو أستاذ في جامعة بروكسل الحرة، حيث يدير مركز “Leo Apostel ” ومجموعة البحث المرتبطة “تطور وتعقيد وإدراك“. هو أيضًا مرتبط بقسم التاريخ والفن والفلسفة “هارب“، حيث يدرس في برنامج الفلسفة والأخلاق “فيلو“. كان لفترة طويلة محررًا في مشروع “the Principia Cybernetics“، وهو منظمة دولية لتطوير فلسفة تطورية نظامية بالتعاون مع الآخرين.</span>

فرانسيس هو مؤلف العديد من الكتب بما في ذلك:  

 The Evolution of Complexity: The Violet Book of `Einstein Meets Magritte’ (Springer, 2010)